12 posts tagged “cours de linguistique générale”
Ayant eu Xavier Darcos, actuel sinistre de l'Education Nationale, comme professeur à la Sorbonne, j'avais pu constater qu'il faisait des erreurs parfois grossières (sur l'attribution d'un ouvrage à un auteur qui ne l'avait pas écrit, par exemple). Mais là, c'est le pompon! Ne pas savoir conjuguer le passé antérieur, pour un agrégé de lettres classiques, ça la fout mal, et surtout cela prouve que le niveau actuel de recrutement des professeurs est bien supérieur à ce qu'il était du temps de Monsieur Darcos. Aucun stagiaire IUFM de Lettres ne ferait une erreur aussi énorme! Et dire que c'est à cet homme que l'on confie le soin d'élaborer les programmes que suivront nos enfants!
C'est vraiment dégueulasse.
Qu'est-ce qu'il a dit ?
Il a dit : vous êtes vraiment une dégueulasse.
Qu'est-ce que c'est « dégueulasse » ?
A bout de souffle,
Jean-Luc Godard
Il ne vous aura pas échappé que le projet de loi sur l'immigration de Brice Hortefeux aura déclenché au moins deux querelles d'ordre sémantique. J'aurais pu m'attarder sur le « détail » de François Fillon. Je préfère m'attacher au qualificatif employé par Fadela Amara pour caractériser ce projet de loi et en particulier l'amendement sur les tests ADN : « dégueulasse ». Ce qualificatif a suscité une levée de boucliers, dont celle – assez mal inspirée – de Patrick Devedjian. En effet, comme le rappelle Sergio sur le Chant des dunes, ce Monsieur Devedjian est également connu pour avoir traité Anne-Marie Comparini de « salope ». Doit-on rappeler à ce monsieur que qualifier un projet de loi de « dégueulasse », mot péjoratif relevant du registre familier, n'a pas tout à fait la même gravité que de traiter quelqu'un de « salope », terme infâmant relevant du registre vulgaire ? Une de ces deux expressions est attentoire à la dignité d'une personne, alors que l'autre ne relève que de la liberté d'expression. Monsieur Devedjian qui a pourtant fait des études se droit devrait savoir qu'insulter quelqu'un est juridiquement condamnable, sans parler bien sûr du préjudice moral.
Pour en revenir au terme utilisé par Fadela Amara, il convient de s'interroger sur son sens précis. L'adjectif dégueulasse est formé à partir du substantif gueule, avec le préfixe privatif dé- et le suffixe péjoratif -asse. De la même famille que dégueuler qui est un des rares mots de la langue française à être passé du sens figuré au sens propre (qui en l'occurence ne l'est pas tellement). Dégueuler ou sortir de la gueule signifiait en effet au départ parler, avant d'acquérir au XVIIème siècle le sens que nous lui connaissons. On retrouve la même formation dans dégurgiter, sortir de la gorge. Au plan sémantique, il possède le même sens que vomir. Cette proposition de loi est donc quelque chose que Fadela Amara ne peut ni avaler, ni digérer, quelque chose qui la fait vomir.
Cette métaphore émétique pour un projet de loi concernant une Nation toute entière nous rapproche de cette métaphore utilisée par Platon dans la République d'un état envisagé comme un corps humain. Selon la loi de Monsieur Brice Hortefeux, les immigrés seraient – l'emploi du conditionnel est de mise - ces corps étrangers que la Nation ne pourrait ingérer sans dommage et qu'elle devraitt donc rejeter hors d'elle. Pour les expulser, il lui faudrait un vomitif qui se présenterait sous la forme d'une loi et de directives aux préfets, policiers, etc. Or, quoi de plus « dégueulasse » qu'un vomitif ? La lexicologie vient donc de nous prouver que ce projet de loi était vraiment dégueulasse, et pas seulement au sens figuré...
Une des questions qui revient le plus souvent lorsque l'on exerce l'honorable profession de professeur de français est : « la grammaire à quoi ça sert ? » Il est évidemment possible de répondre : « à parler, puisqu'on ne peut parler sans utiliser la grammaire. » Mais les jeunes d'aujourd'hui veulent du concret, je répondrai donc en ce 22 avril, « à comprendre les messages que vous envoient les hommes et femmes politiques ».
Pour vous aider à choisir si vous n'êtes pas encore allé(e) voter, examinons ensemble (tout devient possible) les formules de quelques candidats. J'ai évidemment sélectionné les formules les plus intéressantes du point de vue grammatical, mais vous me ferez les autres par vous-même pour 18 heures (20 si vous habitez dans une grande ville).
1. FRANCOIS BAYROU
LA FRANCE DE TOUTES NOS FORCES

Sur le plan syntaxique, l'emploi des majuscules n'est pas neutre. En effet, lorsqu'on emploie les majuscules, on supprime la ponctuation. La question porte alors sur la fonction du groupe prépositionnel « de toutes nos forces ». S'agit-il d'une locution adverbiale en fonction de complément circonstanciel, au sens de « avec toute la force dont nous sommes capables » ? Ou alors il s'agit d'un complément du nom « France », soit « la France des différentes forces politiques ». La formule adoptée sur l'affiche ne choisit pas, ce qui permet au candidat de réaffirmer la ligne forte de son discours, le rassemblement (de toutes nos forces complément du nom) et de réfuter le reproche qu'on lui adresse le plus souvent, celui d'être quelqu'un de mou, voire de faible (de toutes nos forces complément circonstanciel).
Sur le plan phonique, outre l'homophonie initiale entre France et François, on notera la double allitération en [f ]et en [t], sous forme de chiasme. Ce qui fait évidemment penser à l'onomatopée « teuf teuf », rappelant opportunément le tracteur du paysan ou la deux chevaux de l'enseignant. Un seul mot fait tache dans cet ensemble, « Bayrou » mais le candidat a préféré le garder en dépit de l'harmonie phonique, de peur qu'on ne confonde sa candidature avec celle de François Hollande ou François Mitterrand.
2. "Nos vies valent plus que leurs profits!"

Sur le plan grammatical, on notera l'emploi en antithèse des deux déterminants possessifs : « nos » d'une part, « leurs » de l'autre. « Nos » est un déterminant de première personne du pluriel, ce qui veut dire que le locuteur et le destinataire ne font qu'une seule personne grammaticale, le locuteur ne se pose pas comme un individu, mais comme le membre d'un groupe. Au contraire « leurs » désigne une troisième personne pluriel, or la caractéristique de la troisième personne est de désigner quelqu'un absent de la situation de communication. La formule induit donc une opposition très marquée entre « nous » et « eux », les autres. Si l'on pousse plus loin l'analyse grammaticale, on constate qu'entre « nos » et « leurs », il manque le déterminant « vos ». Si l'on rétablit la liste complète, cela fait « nos voleurs ». Message caché : les actionnaires et les patrons sont tous des voleurs.
Sur le plan phonique, allitération en « v », pour « victoire » (le prénom de la femme d'Olivier ?).
3. VOTEZ
LE PEN

Sur le plan grammatical, emploi sans nuance du mode impératif sans aucun modalisateur. Ici, on ne cherche ni à convaincre, ni à persuader, on ordonne et vous vous exécutez. On ne peut pas dire que les électeurs de Le Pen ignorent ce qui les attend!
En même temps cette formule évoque irrésistiblement sur le plan phonique et rythmique une célèbre publicité pour une marque d'eau minérale. Si l'on rétablit ce qui manque, la formule doit donc se lire « Votez, éliminez (Le Pen) ». Sous ses dehors de brute fascisante, Le Pen est en réalité un fervent défenseur de la démocratie puisque grâce à lui l'abstention a rarement été aussi faible. Son affiche nous explique pourquoi.
4. Le changement
Ségolène Royal
La France Présidente

Sur le plan syntaxique, le slogan joue comme pour l'affiche de François Bayrou sur l'absence de ponctuation pour délivrer un double message. « La France présidente » peut se comprendre comme une simple juxtaposition à « Ségolène Royal » (il y a alors deux entités distinctes) ou comme une apposition (il y alors identité entre la France et Ségolène Royal). Comme pour le slogan de François Bayrou, ce slogan permet de réaffirmer le point fort du programme de Ségolène Royal, à savoir qu'elle veut rendre la présidence aux Français (juxtaposition), et de réfuter le principal reproche qu'on peut faire à la candidate, à savoir qu'elle n'aurait pas la « stature présidentielle », elle a la « stature présidentielle » à tel point qu'elle incarne la France (le choix du noir et blanc avec une photo où elle pose en Marianne n'est pas innocent). On remarquera également l'inversion du thème (ce dont on parle) et du rhème (ce qu'on en dit) entre « France » et « Président » (avec une transformation du substantif en adjectif). Le président (thème) de la France (rhème) devient la France (thème) présidente (rhème). Le changement promis est donc là, dans l'inversion du thème et du rhème.
Sur le plan stylistique, on notera la personnification de la France (incarnée par Ségolène Royal). Seul petit problème, tout le monde sait que la candidate s'appelle Ségolène et pas France. Par conséquent le slogan manque de crédibilité.
5. ENSEMBLE TOUT DEVIENT POSSIBLE

Sur le plan grammatical, la phrase commence par un adverbe complément circonstanciel de manière, « ensemble ». Le problème est que ce que caractérise cet adverbe n'est pas clairement défini. On pourrait donc le remplacer avantageusement par « avec n'importe qui ». Le mot qui suit, le pronom indéfini « tout » en fonction sujet n'est guère plus précis, on peut le remplacer avantageusement par « n'importe quoi ». Quant au verbe « devenir », s'il s'agit d'un verbe d'état, il implique néanmoins le mouvement du passage d'un état à un autre. L'adjectif « possible » en fonction attribut du sujet n'est guère plus défini puisqu'il implique une possibilité dont rien ne nous dit qu'elle sera réalisée. Pour résumer l'essentiel de ce slogan, on pourrait dire qu'il affirme qu'on peut faire n'importe quoi avec n'importe qui. Un maximum de mouvement pour un maximum d'imprécision, ce qui résume assez bien le programme du candidat de l'UMP, on ne sait pas où on va, mais on y va, et le plus rapidement possible.
Voilà. Maintenant vous pouvez vous rendre dans votre bureau de vote et choisir en toute indépendance d'esprit le candidat qui correspond le mieux à votre définition personnelle de la grammaire.
Lorsque l'on est une personnalité aussi importante que je le suis, on croule sous le courrier de fans en délire qui vous réclament une photo dédicacée. Je suis bien obligé de l'admettre, ma modestie dût-elle en souffrir. On doit faire face aussi à certaines demandes incongrues, comme celles d'auteurs peu scrupuleux qui vous supplient de parler des histoires cochonnes qu'ils ont écrites sous prétexte que vous êtes le rédacteur d'un blog soi-disant culturel et que dans « culturel » il y a « turel » (véridique). D'autres enfin vous posent des questions qui feraient pâlir d'envie Louis Bozon et Julien Lepers réunis. Je ne peux m'empêcher de vous exposer la dernière en date, posée par un fidèle lecteur dont le nom commence par un T et qui habite à Chartres mais dont je tairai le nom par discrétion et déontologie : « On met quoi comme temps après il paraîtrait que ? » Tâchons de répondre à cette question. À première vue il s'agirait d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, un temps de chien, un sale temps. Je pourrais dire que je n'ai pas le temps de répondre et pourtant je n'en ferai rien.
Et d'abord qu'est-ce qu'un temps ? En voilà une question qu'elle est bonne! Tâchons donc d'y répondre ce qui nous donnera l'occasion de démontrer à une certaine candidate à la présidence de la République que dans le service public on n'hésite pas à donner des cours de soutien gratuits aux étudiants nécessiteux qui n'ont pas les moyens de recourir aux services d'Acadomia ou d'une autre pompe à fric du même acabit.
Le temps n'est pas un taon 1. Le temps n'est pas non plus l'OTAN 2. Le temps d'un verbe est ce qui permet de savoir si l'action évoquée se passe avant, pendant, ou après. Avant, pendant, ou après quoi ? me demanderez-vous. C'est bien là la question et je vous remercie de l'avoir posée d'une façon si spontanée (j'avoue que je m'y attendais pas du tout). Tout dépend si on s'adresse à quelqu'un dans une conversation courante (je rappelle que pour suivre une conversation courante, il vaut mieux avoir de bonnes chaussures, des tennis de préférence) ou si l'on raconte une histoire qui s'est passée il y a très longtemps dans une galaxie lointaine. Dans le premier cas, on utilisera le système présent, dans le second le système passé.
Le temps de base du système présent, c'est le présent qui correspond au moment où vous vous adressez à votre interlocuteur. Avant il y a eu le passé composé ou il y avait l'imparfait, après il y aura le futur simple ou il y aura eu le futur antérieur (avant le futur simple).
Quand vous racontez une histoire en revanche, le moment où vous parlez tout le monde s'en fout, ce qui est important c'est le temps de l'histoire. On utilisa donc comme temps de base le passé simple et on ajoutait l'imparfait pour les descriptions, les actions en cours ou répétitives. Avant il y avait eu le plus que parfait et il y eut eu le passé antérieur; après il y aurait le conditionnel présent ou il y aurait eu le conditionnel passé à valeur temporelle (oui parce que le conditionnel peut aussi avoir une valeur modale, mais si je voulais entrer dans les détails il faudrait que j'explique ce qu'est un mode et c'est une autre affaire).
Vous aurez constaté qu'il existe une disproportion scandaleuse entre le système présent et le système passé puisque le premier dispose de cinq temps différents (et encore, l'imparfait est piqué au système temporel opposé) tandis que le second en a six. Est-il normal que vous ayez davantage de temps pour raconter une histoire qui est arrivée à quelqu'un que vous ne connaissez même pas que pour parler à votre voisin de table de vos prochaines vacances ? Franchement qui utilise le système passé ? Quelques écrivains prétentieux qui se trouvent très intelligents de maîtriser les subtilités du passé simple. Est-il normal que ces gens-là aient davantage que les honnêtes travailleurs qui n'ont pas besoin qu'on leur raconte des histoires ? Non et pour remédier à cette injustice flagrante, je propose d'inverser les systèmes temporels.
Désormais on utiliserait le passé simple et l'imparfait comme temps de base. Cela me semblait beaucoup plus adéquat. A présent il fallut que je vous quittasse car je n'avais pas que cela à faire que de réformer la grammaire. Ah oui j'étais allé oublier, quelle avait été la question de départ déjà ? On mettait quoi comme temps après il paraîtrait que ? N'importait quel temps de l'indicatif ou du conditionnel, ça dépendait de l'action évoquée.
Il paraîtrait que le Concombre a répondu à la question qu'on lui a posée (antériorité).
Il paraîtrait que le Concombre continuera à répondre aux questions qu'on lui posera (postériorité).
Il paraîtrait que le Concombre répond aux questions qu'on lui pose (simultanéité).
Il paraîtrait que le Concombre répondrait aux questions qu'on lui poserait. (hypothèse). 1cette homonymie est à l'origine d'une confusion fâcheuse. En effet, le chanteur Michel Fugain, en tournée dans le sud de la France, aurait été harcelé par un de ces insectes. Ayant constaté que toutes ses tentatives pour aplatir la bête à coup de savate étaient vouées à l'échec, il aurait, de rage, composé sa fameuse chanson : « Je n'aurai pas le taon ».
2Autre anecdote à ce sujet, Lamartine, face à l'envoi imminent d'avions en Grèce pour bombarder les positions turques, aurait écrit son fameux poème commençant par « OTAN suspends ton vol » pour protester contre ces bombardements qui risquaient d'atteindre des victimes civiles. La censure aurait transformé ce poème militant en niaiserie lyrico-sentimentale ce qui lui enlève une grande partie de sa portée polémique..
Nous ne pouvons assurer la retransmission de la suite de l'histoire de Perceval le loufdingue (comme l'a aimablement surnommé gloum) pour cause de mère récalcitrante à mourir. Que nos aimables lecteurs veuillent bien nous excuser. En attendant la reprise de votre programme habituel, nous vous proposons cette note ludique et instructive du Concombre.
Il n'y a pas longtemps, El Jj 1, que je ne remercierai jamais assez pour la source d'inspiration que me fournit son blog2, a eu l'idée de battre le record du monde du plus grand questionnaire internet. Mais comme El Jj est incapable de ranger correctement ses affaires (il n'y a qu'à voir ce qu'il fait avec ses legos), ses questions sont mises dans n'importe quel ordre. Heureusement grâce à l'émission « j'ai relooké ma note grâce aux conseils d'un grammairien », El Jj va pouvoir bénéficier des conseils avisés d'un professionnel (sans compter qu'il aura sa photo sur tous les skyblogs de France et d'Europe suite à son passage dans cette émission).
La question est donc : Comment ranger correctement ses questions ?
Mais avant toute chose il convient de nous interroger : Qu'est-ce qu'une question ?
Réponse.- C'est un truc qu'on pose à quelqu'un (observez l'incohérence de la langue française et de son régime prépositionnel : en bon français, on devrait dire « qu'on pose sur quelqu'un ». et après on s'étonnera que El Jj ne sache pas ranger correctement!)
Pour répondre de façon satisfaisante à cette question, il faut recommencer tout depuis le début : une question est une phrase interrogative.
Question. Qu'est-ce qu'une phrase interrogative ?
Réponse.Une phrase interrogative correspond à l'un des quatre types de phrases (je sais, le terme « type » est plutôt familier, mais l'expression « personne de sexe masculin » de phrases passe moins bien).
Question.- Quels sont les quatre types de phrases ?
Question.- Dites donc! Ça ne vous dérangerait pas d'arrêter de poser des questions ?
Réponse.- Répondez d'abord à la mienne.
Réponse.- Il y a donc 1. la phrase déclarative qui se termine par un point et qui donne une information. Ex: Vivre me fait rire est un blog génial sur lequel on apprend toutes sortes de choses fascinantes. 2. la phrase exclamative qui se termine par un point d'exclamation et qui sert à exprimer ses émotions et ses sentiments. Ex: Quel blog génial que Vivre me fait rire! Je suis épaté! 3. la phrase injonctive qui sert à donner un ordre, un conseil ou à formuler une interdiction. Ex : Va donc lire Vivre me fait rire et prends-en de la graine! Et ne va pas traîner ailleurs sur la toile avant d'avoir tout lu! 4. et la phrase interrogative qui se termine par un point d'interrogation et sert à obtenir une information. Ex : Où puis-je lire Vivre me fait rire, ce blog génialissime dont on m'a tant parlé ? Vivre me fait rire est-il à ce point génial que l'on ne cesse de m'en parler ?
On classe les phrases interrogatives en deux catégories : les interrogatives totales et les interrogatives partielles.
Interrogatives totales : répondez par oui ou par non et n'éludez pas la question. La catégorie de questions préférée de ceux qui jouent à ni oui ni non. Comme on peut le constater l'interrogative totale est légèrement totalitaire. Heureusement la résistance s'organise. Pour échapper à cette logique binaire qui nous aliène en tant qu'individu, vous pouvez choisir la traditionnelle réponse normande du « peut-être » (attention, évitez de répondre « pt'être ben qu'oui, pt'être ben que non » si vous ne voulez pas perdre au niouininon), sinon vous pouvez aussi vous la jouer nouveau philosophe et répondre, en relevant vos cheveux d'un élégant mouvement de tête à mi chemin entre le mouvement d'approbation et celui de dénégation : « ça n'est pas si simple que ce que l'on croit. » ou « Les choses sont plus compliquées que ce que l'on pense. » ou « Pourquoi vouloir tout réduire à cette oppostion binaire qui nous aliène ? »(le dernier exemple est une réponse particulièrement habile puisque vous posez une nouvelle question au lieu de répondre à la précédente : bien joué!)
Interrogatives partielles : ce sont les interros, bien connues des universitaires, qui interviennent en cours d'années avant l'examen final et qui portent sur un point précis du programme (et auxquelles cette année les étudiants n'ont pas su répondre parce qu'ils ont perdu leur temps à manifester contre le CPE, ces feignasses). Elles sont introduites par un adverbe, un pronom ou un adjectif interrogatif (qui, quoi, où, quand, comment, pourquoi, quel, etc.)
Voilà pour la classification de base, passons maintenant à un exercice pratique.
1.La question présente est-elle une interrogative partielle ou une interrogative totale ?
2.Même question pour les questions suivantes.
3.Quel est l'adverbe de trois lettres qui permet de répondre à une interrogation totale par la négative et que l'on oppose généralement à oui ?
4.Comment s'appelle ce petit lutin avec un bonnet à grelot créé par Enid Blyton ?
5.Est-ce que la prochaine fois vous viendrez chez nous par hasard ?
6.À quoi sert un toit ?
Réponses: 1. Il n'y pas de mot interrogatif et pourtant on ne répond ni par oui ni par non. Quand on ne sait pas où ranger une question, il n'y a qu'à la jeter à la poubelle. 2. Ce n'est pas une question, donc je n'ai pas de réponse à donner. 3. La réponse est non et pourtant il y a un mot interrogatif donc même remarque que pour la question 1. 4. Oui-oui, c'est donc une phrase interrogative tototaletale. 5. Il s'agit d'une phrase interrogative Total. 6. Il s'agit d'une phrase interrogative pare-ciel.
La prochaine fois, si la mère de Perceval me laisse tranquille, je vous ferai un cours sur la visée perlocutoire des actes de langage. Vous verrez, c'est fendard!
P.S. Est-ce que quelqu'un pourrait m'aider à ranger cette note? parce c'est un peu le bordel!
1. El Jj ? Serre yeux, se mec et taré! Lol mdr (note de The petit Nicolas). 2. En fait mon activité principale vous l'aurez compris - consiste à offrir du temps de cerveau disponible pour ce blog acide et pétillant, ce qui explique que je le mentionne chaque fois que je peux. (Idem pour le blog de Tipierre qui va devoir reconsidérer l'analogie de son précédent commentaire.)
Pour la foule innombrable de mes lecteurs multilingues, voici une version de vivre me fait rire en europanto : vivir me make lachen.
Pour ceux qui ne connaitraient pas l'europanto, voici un lien vers un excellent site qui expose le fondement théorique de cette langue mieux que je ne saurais le faire moi-même: l'europanto? mais qu'est-ce que c'est?
En vérité, vous constaterez que vous avez forcément utilisé l'europanto à un moment ou à un autre de votre existence pour peu que vous ayez cherché à communiquer avec un européen dont vous maîtrisiez, et réciproquement, très approximativement l'idiome naturel.
L'europanto est une langue à géométrie variable qui dépend de l'identité linguistique de ceux qui la pratiquent. Il n'y a pas de règles grammaticales fixes, tout dépend du locuteur et de ses pratiques langagières. On ne peut donc pas faire de faute en europanto, le but n'étant pas de parler correctement mais de se faire comprendre. Si néanmoins vous éprouvez des difficultés pour comprendre le texte que je vous donne en pâture, vous pouvez toujours consulter la V.O. : une blague burgonde.
Exercice d'application pratique du cours burlesque de littérature médiévale partofour.
Révolté par la vulgarité de ton ministre de l'intérieur, tu t'apprêtes à l'insulter copieusement dès qu'il passera en bas de ta tour. Je t'en conjure, ne cède pas à la facilité de ce premier mouvement. Il convient d'utiliser le langage à bon escient. Ainsi la formule qui s'apprêtait à franchir la barrière de tes dents : « Sarko, fils de pute! » est-elle totalement inappropriée 1.
Tout d'abord, par respect pour la fonction éminente du personnage, il convient d'éviter les diminutifs qui dénotent une familiarité de mauvaise aloi (vous n'avez pas gardé les chèvres ensemble dans la légion étrangère que diable!). Il faut donc dire « Sarkozy » en toutes lettres, ce qui te permettra de rajouter « t'as un p'tit zizi! » derrière pour faire une rime rigolote.
Deuxième maladresse dans l'expression : l'emploi du terme pute, tout à fait déplacé dans ce contexte. En effet, ce terme a une fonction de complément du nom (ce qui en latin correspond au génitif), il convient donc d'employer le cas régime (voir mon cours précédent) de ce mot qui est putain. Résumons, il faut remplacer, pour t'exprimer correctement, l'expression « Sarko, fils de pute! » par « Sarkozy, fils de putain! » (ou fiz a putain, si vous vous exprimez comme Raoul de Cambrai dans la chanson de geste éponyme, mais là c'est vraiment recherché et pour tout dire un peu vieillot).
En revanche tu peux tout à fait dire : « Sarkozy, ta mère est une pute! » puisque le mot pute a ici la fonction d'attribut du sujet. Tu montreras ainsi ta bonne éducation et demeureras crédible. Tu vois, toi le jeune des banlieues, on peut tout dire, mais il faut savoir rester correct.
1 Sache dans un premier temps qu'il est fort téméraire de lancer des accusations semblables sans avoir de preuves (a fortiori sur un blogue). Tu peux très bien être poursuivi par la justice pour propos diffamatoire. En effet, je doute que le syndicat des péripatéticiennes apprécie ce genre d'insinuation scandaleuse visant à jeter le discrédit et l'opprobre sur une honorable profession.
Hum... avant de reprendre mon cours, je constate que certains élèves sont absents. Où est donc l'élève Tipierre ? J'espère qu'il a une bonne excuse, cette fois-ci...
Dans le cours précédent, nous avions assisté, le coeur plein d'émotion, à la naissance de ce qui allait devenir l'ancien français. Nous sommes obligés de confesser que pour l'instant le nouveau-né ne ressemble pas à grand chose. Et pourtant... de cet enfant difforme et contrefait allait naître une des plus belles langues de l'univers (soupir d'extase, violons sirupeux à l'arrière-fond). Pourtant qui aurait pu le dire ? Parske kanmèm lensien frensè sé ékri nainporte koman.
Bon d'accord, j'exagère un peu, mais à peine : les scribes du Moyen-âge écrivent comme des Cauchon. Ce n'est pas leur faute, me dira-t-on, ils n'avaient à leur disposition ni le petit Larousse, ni le petit Robert. Et moi je vous le dis, il y en a marre d'essayer de leur chercher des excuses à cette bande de feignasses. Et n'ayons pas peur de révéler la vérité : s'ils ont choisi ce métier, c'est que le scriptorium (salle du monastère où l'on recopiait les manuscrits) était chauffé et certainement pas par amour des belles lettres. Fi de la complaisance coupable entretenue à l'égard de cette vile engeance! Leurs textes sont bourrés d'approximations linguistiques et on voudrait nous faire croire qu'il faut les admirer ?
C'est d'ailleurs ce que me disent mes élèves (oui, oui je suis prof aussi dans le civil) lorsque je leur présente un texte écrit en ancien français. « Mais M'sieur, c'est plein de fautes d'orthographe! » à ce moment précis, il y a toujours un élève assis à côté du radiateur du fond qui interrompt provisoirement sa sieste pour s'écrier plein d'un enthousiasme juvénile qui fait plaisir à voir : « Ouais! Va falloir corriger! » Et me voilà aussitôt à la tête d'une brigade de féroces mercenaires armés de stylos rouges et bien décidés à en découdre avec l'orthographe calamiteuse des sires Chrétien de Troyes et Jean Bodel (sans compter la foule des auteurs anonymes dont je livre les textes en pâture à cette meute déchaînée). Les élèves sont comme cela, ils adorent corriger les fautes d'orthographe des autres, les leurs ils les conservent jalousement. Ne nous voilons pas la face. Si même mes élèves, qui n'ont pourtant de leçon à recevoir de personne en matière de fautes d'orthographe, éprouvent un instant d'effroi à la vue de textes rédigés en ancien français, c'est que la situation est encore plus inquiétante que ce que l'on pensait.
Autre précision qui a son importance, l'ancien français est encore (plus pour très longtemps) une langue casuelle. Mais là où l'allemand a quatre cas, le grec cinq, le latin six, le tchèque sept (dont le cassis et la cassette), l'ancien français, en bon flemmard qu'il est, s'en contente de deux : le cas sujet et le cas régime (à ne pas confondre avec le régime spécial K d'une marque céréalière que je ne citerai pas). Comment ça fonctionne ? Et bien selon la fonction que le nom occupe dans la phrase, il n'aura pas la même forme. S'il est sujet, il sera au cas sujet (la terminologie grammaticale est tout de même bien faite!) S'il est autre chose (objet, complément circonstanciel, complément du nom, grand-mère acariâtre...), il sera au cas régime.
Une remarque : la distinction cas sujet/ cas régime n'existe pas (à quelques rares exceptions près) pour les noms féminins. Ce n'est que justice, les femmes, qui sont avant tout des femmes-objets, qui plus est toujours en train de suivre un régime, n'ont pas besoin du cas sujet (oui, oui, vous pouvez m'insulter, si vous voulez).
Voilà pour aujourd'hui. N'oubliez pas de relire attentivement votre cours : demain nous passerons à un exercice d'application concrète.
Je suis là, contrairement à ce qu'on a essayé de faire croire.
Je vous avais laissé avec les Francs qui essayaient lamentablement de baragouiner le latin. Evidemment, à force d'utiliser une langue, elle finit par se déformer (c'est le propre de toute langue vivante et ceux qui prétendent défendre la soi-disant pureté de la langue française, ne font rien d'autre que de vouloir la ranger dans la catégorie des langues mortes). En fait, il se passa toute une série de trucs bizarres, que les historiens de la phonétique, en grands magiciens qu'ils sont, peuvent reconstituer sous nos yeux éberlués. Ces éminents personnages peuvent ainsi, avec leur chapeau pointu et leut baguette magique, opérer la transmutation de caballum en cheval, de cantare en chanter, de gaudia en joie, et d'autres encore plus surprenantes. Pour ma part, je ne me hasarderais pas à vous faire un cours de phonétique historique vu que je n'y ai jamais rien compris, que je n'y comprends toujours rien, et, qu'à mon grand désespoir, je n'y comprendrai sans doute jamais rien. De toute façon, la phonétique historique, tous les linguistes vous le diront, ce n'est pas une science exacte, c'est même carrément n'importe quoi. En fait, cette prétendue science a été inventée dans l'unique but d'embêter les étudiants en lettres.
Enfin bref, (comme dirait Pépin) il arriva un moment où les francs se rendirent compte qu'ils ne parlaient plus ni le latin ni le franc, mais une langue singulière qui ne ressemblait à rien et que par commodité, on appela langue romane (par référence aux romains). Cette langue apparaît pour la première fois sous sa forme écrite en 842, avec les célébres serments de Strasbourg qui officialisèrent la distinction de ce qui allait devenir le Français et de ce qui allait devenir l'Allemand. Autant le dire tout de suite, la langue des serments de Strasbourg, c'est du n'importe quoi et c'est très insuffisant aussi bien pour un thème (traduction du français vers le latin) que pour une version (traduction du latin vers le français). Vous ne me croyez pas ? Je vous en donne la preuve :
« Pro deo amur, et pro christian poblo et nostro commun salvament, d'ist di in avant, in quant Deus savir et podir me dunat... »
Z'avez compris quelque chose ? Z'êtes vachement fortiches alors, et surtout sacrément menteurs!!! Et oui, c'est à cela que ressemblait la langue française à son origine, je n'y peux rien (pour le bureau des réclamations, adressez-vous à Charles le Chauve).
Mais alors, quand est-ce que ça s'arrange, me demanderez-vous ? Patience que diable! La langue telle que nous la connaissons a mis des siècles à se former, alors vous pouvez bien attendre quelques jours...
Pour se détendre un peu, en attendant le cours de la semaine prochaine...
Il était une fois un guerrier franc particulièrement costaud (notez ce détail, il a son importance pour la suite de l'histoire) qui cherchait un endroit où s'installer avec sa femme et ses enfants. Il avait repéré une charmante villa gallo-romaine qui lui plaisait beaucoup. Le problème étant que les occupants de la dite villa ne voulaient pas la céder quand bien même on leur aurait donné le vase de Soissons. « Qu'à cela ne tienne, se dit notre franc, puisqu'on ne veut pas me céder cette villégiature par la négociation, je la prendrai par la force. » Il convoque ses hommes liges et décide d'attaquer la villa. Les habitants de la villa qui s'attendaient à de pareilles attaques avaient pris soin de fortifier leur demeure et ne furent guère impressionnés par les démonstrations du franc et de ses guerriers. Les francs attaquent, mais la villa résiste. Ils se retirent et reviennent à l'assaut une deuxième fois, mais ils ont beau donner des coups, rien n'y fait (et pourtant la réputation du coup franc n'est plus à faire). La troisième attaque ne donne rien non plus, pas plus que la quatrième d'ailleurs. Quant à la cinquième, pas la peine d'en parler, ce fut un désastre. Le franc, qui avait tout de même perdu plusieurs de ses hommes, se retire à l'écart et réfléchit. C'est alors qu'il voit ses moutards en train de jouer à grimper aux arbres. Il constate avec ravissement que sa fille cadette fait preuve en cet exercice d'une agileté incroyable. Une idée germe alors dans son cerveau. Il attend la nuit, réveille sa fille, la conduit au pied de la villa, lui demande de grimper sur le mur, de s'introduire à l'intérieur et de lui ouvrir la porte. La fille fait tout ce que lui demande son père et il peut enfin s'introduire dans la villa et en déloger les habitants pour s'installer à leur place avec sa famille. Vous noterez que c'était la sixième fois qu'il attaquait la villa. C'est pourquoi cet épisode est resté célèbre sous le nom de l'assaut six du Franc fort avec la moutarde.
Je sais ce que vous allez me dire : c'est un calembour particulièrement vaseux, indigne du haut degré d'exigence qui règne habituellement sur ce blog. Je me permettrais simplement de vous faire remarquer que Gotlib a dessiné des planches entières de la Rubrique à brac dans le seul but de placer des calembours encore plus vaseux que celui-là. Et on aura beau dire, Gotlib, ça n'est pas n'importe qui. Alors si lui le fait, pourquoi pas moi ?