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Le cinquième et dernier épisode de cette incroyable histoire...
Pendant quelques temps et malgré les questions que je ne cessais de lui poser dès qu'il m'était donné d'apparaître dans un miroir, mon reflet ne m'adressa plus la parole. Visiblement, il manigançait quelque chose, fréquentant des gens et des lieux que je n'avais jamais vus. Ce n'est que lorsqu'il me présenta, triomphant, un article du Figaro où ma photo figurait en première page que je compris de quoi il s'agissait. Mon reflet s'était lancé en politique!
- Alors, tu es fier de toi ? La presse fait de toi l'étoile montante de la politique hexagonale! On te compare à Sarkozy et Berlusconi réunis. Pas de doute à avoir : tu es promis à un grand avenir! Pourquoi pas président de la République en 2022 ? C'est tout de même un statut plus enviable que celui d'écrivains pour adolescents et midinettes, tu ne trouves pas ?
- Tu me dégoûtes! Utiliser ma personne pour faire carrière à l'UMP!
- Oh, j'aurais pu choisir le PS, si j'avais eu une chance de percer dans ce parti, mais ce parti est moribond, divisé... il n'a plus aucun avenir. Alors qu'à l'UMP, les gens sont disciplinés, habitués qu'ils sont à subir l'autorité d'un chef incontesté et lorsque Sarkozy sera grillé parce qu'il n'aura pas pu venir à bout de la crise, ils seront bien forcés de choisir un autre leader. C'est à ce moment-là que j'interviendrai. Pour l'instant, je me situe dans l'allégeance au Président, mais c'est pour mieux le trahir lorsque le moment sera venu...
- C'est un cauchemar, dites-moi que c'est un cauchemar...
- C'est ta faute, aussi, tu n'as pas voulu accepter le marché que je te proposais... Si tu veux revenir sur ta décision, ça tient toujours...
- Si j'accepte, tu me promets d'abandonner ta carrière politique ?
- C'est entendu.
J'acceptai donc le marché qu'il me proposait, la mort dans l'âme.
- Ah! Tu vois, tu as fini par admettre que ma proposition était ce qu'il y avait de plus avantageux pour nous deux. Nous allons commencer tout de suite par une petite mise en bouche, ou en mots. J'aimerais que tu m'écrives un texte pour ton blog.
- Pour mon blog ? Mais ça ne te rapportera rien!
- Financièrement, non, mais ça me permettrait de constater que ta capacité à séduire les lecteurs avec tes mots n'est pas émoussée. Et puis j'aimerais faire quelques expériences amusantes sur ton lectorat féminin, ou pourquoi pas masculin...
- Comment ? Il est hors de question que tu touches à une seule de mes lectrices ou à un seul de mes lecteurs!
- Comme tu voudras, de toute façon je pourrai me passer de ton aide. Tu m'excuseras, mais j'ai une brillante carrière d'homme politique qui m'attend...
Et il me fit à nouveau disparaître. Lorsque je pus à
nouveau réfléchir par l'intermédiaire d'un
miroir, je songeai que sa proposition, quoique scandaleuse,
présentait au moins un avantage. Une idée venait de
germer en mon cerveau. Connaissant la détermination de mon
reflet, je savais qu'il parviendrait à ses fins, avec ou sans
mon aide. Pour le contrer, il ne me restait plus qu'à révéler
la vérité par le biais de cette histoire qu'il me
demandait de raconter.C'est ce que je fais à présent.
Si vous êtes une de mes lectrices ou peut-être même un de mes lecteurs et qu'un individu prétendant être moi-même vous fait des avances, vous devez savoir qu'il ne s'agit pas de moi mais d'un être vil et méprisable qui a usurpé mon identité. Méfiez-vous en particulier si vous recevez ce message qu'il m'a demandé de composer à votre intention :
Salut, jeune homme/fille. Je n'avais pas encore eu l'occasion de te remercier pour le/s commentaire/s que tu as laissé/s sur mon blog. J'aurais dû le faire avant. D'autant plus que ta manière de voir est tout à fait pertinente. On sent que tu as une véritable sensibilité et je dois confesser que je suis flatté que tu t'intéresses à mes modestes productions. Flâner sur ton blog comme j'ai pu le faire ces derniers temps, par désoeuvrement d'abord puis par réel intérêt, m'a donné l'irrésistible envie de rencontrer son auteur. Evidemment, la proposition te paraîtra peut-être un peu audacieuse, mais le désir de faire la connaissance d'une personne aussi exceptionnelle me pousse à te demander si nous ne pouvons pas franchir le miroir qui nous sépare l'un de l'autre, cet écran d'ordinateur, frontière virtuelle entre nos deux réalités. Sur nos blogs respectifs, nous ne montrons de nous que ce que nous voulons que les autres sachent, mais il y a des choses que l'on ne peut pas transmettre par les mots. Une inflexion de la voix, une insistance du regard, autant de détails que l'on ne peut traduire à l'écrit et qui constituent pourtant parfois l'essentiel d'une conversation. Alors ? Qu'attends-tu pour franchir le miroir ?
La suite incroyable de cette histoire extraordinaire!
Dans les jours qui suivirent, mon reflet changea d'appartement,
j'appris que les studios Disney avaient racheté les droits des
Chroniques d'Ibiros. Désormais, l'être qui se
faisait passer pour moi avait abandonné son emploi de
professeur, il vivait à Paris dans un luxueux F3, il passait
ses soirées dans des cocktails mondains et ramenait
régulièrement de charmantes créatures chez lui.
Ne faisant plus de sport comme j'en avais l'habitude et consommant
davantage d'alcool et de mets raffinés qu'il n'aurait fallu,
il prenait insensiblement du poids.
Nous n'avions plus à rien à nous dire. Je me murais
dans mon silence, spectateur muet de sa vie de débauche,
tandis qu'il ne daignait même plus m'adresser la parole.
Pourtant, il avait encore besoin de moi. C'est ce qu'il me fit savoir
un soir qu'il était plus sobre que d'habitude.
- Concombre, tu sais que dans le fond je t'aime bien. J'ai vécu pendant plus de trente ans de l'autre côté du miroir. Je suis peut-être la personne qui te connaît le mieux.
- Qu'est-ce que tu sais de moi ? Qu'est-ce que tu as de commun avec moi ? Comment peux tu encore te regarder dans une glace avec la façon dont tu te comportes ?
- Tu veux dire : comment est-ce que je peux encore te regarder dans une glace. Mais peu importe ce que tu penses de moi, tout ce que je fais, je le fais un peu pour toi. Tu veux que je te dise pourquoi tu as raté deux fois le concours d'entrée à Normale Sup ? Pourquoi tu échoues chaque fois que tu passes l'agrégation ? Pourquoi ta vie sexuelle et sentimentale est un désastre quand elle n'est pas inexistante ? Pourquoi tu végètes en collège alors que tu pourrais enseigner à l'université ? Pourquoi ton talent littéraire ne te sert qu'à écrire de petites histoires stupides sous couvert d'anonymat sur un blog confidentiel ou à gagner d'improbables concours de poésie ou de nouvelles organisés par des comices agricoles ? Tu es pourtant un garçon plein de qualités : intelligent, cultivé, drôle, sensible. Mais avec tout cela, tu as un défaut absolument rédhibitoire qui fait que toutes ces qualités ne te servent à rien : tu es un loser, Concombre. Tu ne réussis jamais rien parce que tu pars battu d'avance. Ce qu'il te faut, c'est quelqu'un qui vive ta vie à ta place, un battant, quelqu'un qui sache ce qu'il veut, ou plutôt ce que veulent les autres, comme moi par exemple...
Devant mon silence obstiné, il poursuivit sa tirade.
- Ton problème, c'est que tu réfléchis trop. Pas étonnant que tu te sois retrouvé de l'autre côté du miroir! Ah! Ah! Ah! Alors que moi, je ne me pose pas de questions existentielles, ma nature de reflet me permet de me conformer à l'image que l'on a ou que l'on voudrait avoir de moi. Imagine ce que nous pourrions faire ensemble. Tu serais celui qui pense et je serais celui qui agit. Tu pourrais enfin te livrer complétement à l'observation et à la réflexion, sans avoir à te soucier de faire bonne figure en société, de gagner ta vie ou d'accomplir d'autres activités sociales qui sont pour toi des fardeaux. Je te fournirai les livres dont tu as besoin pour alimenter ton activité cérébrale, en échange tu écriras des histoires qui alimenteront notre compte en banque. Et je t'offrirai un accés à tous les milieux sociaux que tu pourras observer et disséquer à loisir sans avoir à t'impliquer personnellement. C'est ce que tu as toujours voulu, non ? Te contenter d'une activité purement passive d'observateur.
- Mais tu ne comprends pas. Ce que tu as fait de moi me dégoûte! Je refuse de m'associer avec le monstre que tu es.
- Allons donc. Ton corps et ton nom sont des marques déposées dont j'ai racheté les droits, je les gère comme je le veux. Mais si tu refuses mon offre tu n'auras qu'une existence végétative, semblable à celle du légume que tu as toujours été. Si tu l'acceptes, tu pourras exister à travers ton oeuvre et toucher des milliers de lecteurs. C'est ce que tu as toujours voulu, non ? Te consacrer entièrement aux activités de l'esprit, débarrassé de la pesanteur matérielle de ton corps et de ses besoins impérieux ?
Je refusai encore une fois.
- Très bien, dans ce cas, tu dois t'attendre au pire...
(A suivre...)
Voilà la suite de cette formidable histoire que j'est inventé! Si tu na pas lu le début précipite toi deçus!
Dans les jours qui suivirent cette conversation, je vis mon reflet en la charmante compagnie de Marie-Hélène, ma collègue de SVT dans une position qui ne souffrait aucune équivoque. Cette scène provoqua en moi une colère dont je fis part à mon reflet peu de temps après.
- Tu n'as pas le droit de faire cela avec Marie-Hélène, elle est mariée, elle a un enfant!
- Et alors ? Tu crois que je l'ai violée ? Visiblement son mari ne doit pas la satisfaire, si tu avais entendu comme elle criait quand nous avons fait l'amour. Mais suis-je bête, tu as forcément entendu puisque tu étais là!
Mon reflet n'en resta pas là. Non content d'afficher avec cynisme ses nombreuses conquêtes dans l'angle de tous les miroirs possibles afin que je ne puisse les ignorer, il me lançait des clins d'oeil lubriques que j'étais bien malgré moi contraint de lui renvoyer. La mesure fut pleine lorsque je l'aperçus dans les toilettes de mon collège avec une de mes élèves de troisième dans une position scabreuse. C'en était vraiment trop et je le lui fis savoir.
- Allons, pas la peine de t'énerver. Ne t'inquiète pas, elle ne dira rien, ta carrière n'est pas menacée et de toute façon elle n'était même plus vierge...
J'aurais pu penser que mon reflet se contenterait de ces activités lubriques, mais il avait d'autres ambitions. Je le vis revenir un soir avec un livre dont il me fallut quelques temps pour déchiffrer le titre, peu habitué que j'étais à l'écriture inversée. Lorsque j'y parvins, je ne pus m'empêcher de sursauter.
- Les Chroniques d'Ibiros ? Mais c'est le titre du roman d'heroic-fantasy que j'avais écrit lorsque j'étais en seconde! Qu'est-ce que cela veut dire ?
- J'ai retrouvé le manuscrit dans un de tes placards. Et tu sais quoi ? Il paraît que tu as du talent. C'est mieux que du Pierre Grimbert, c'est en tout cas ce que m'a dit l'éditeur chez qui je vais te publier. C'est dommage que tu ne l'aies pas fait quand tu étais au lycée, ça aurait fait un sacré coup marketing! Un lycéen français de seize ans rivalise avec les grands maîtres anglo-saxons! Enfin bon, tout n'est pas perdu. À ce propos, il faudrait que tu songes à écrire la suite, mon éditeur voudrait la publier avant l'année prochaine.
- Mais ce n'est pas possible d'écrire une suite! À la fin du récit le monde implosait.
- Ah ? Je ne savais pas, je ne l'ai pas lu en entier. Une suite ou un épisode précédent peu importe. Tu pourrais raconter comment la mère et le père de l'enfant de lumière se sont rencontrés par exemple. C'est une suggestion que m'a faite l'éditeur.
- De toute façon, je n'écrirai jamais pour que tu puisses t'enrichir et te pavaner.
- Comme tu voudras, répondit mon reflet en haussant les épaules. J'ai d'autres ressources.
Quelques semaines plus tard, il revenait avec un nouveau livre qu'il me présenta fièrement.
- Je ne t'oublierai jamais , c'est quoi cette connerie ?
- Cette connerie, comme tu dis c'est ton nouveau roman. C'est mieux que Marc Lévy et Guillaume Musso réunis, du moins à ce que m'a dit mon éditeur. Regarde la quatrième de couverture.
En déchiffrant péniblement le résumé du début de l'intrigue, je reconnus le roman sentimentalo-onirique que j'avais écrit en terminale.
- Quoi ? Tu as réussi à faire publier ce roman niaiseux ?
- Ce roman niaiseux va me rapporter un paquet de fric et des admiratrices par milliers et c'est tout ce qui m'intéresse. D'ailleurs, pour te dire la vérité, je ne l'ai pas lu en entier. Enfin, ça me changera, je commençais à en avoir marre des adolescents boutonneux qui me demandaient des autographes.
Rien que pour toi, la suite de cet histoire extraordinaire. Si tu na pas lu le début, il faut lire la première partie, tu verrat ses génial!
Je commençai à être plutôt inquiet. Cette
personne qui s'adressait à moi avait visiblement le contrôle
total de la situation. Incapable de prononcer le moindre mot, je
tentai tout de même d'entrer en communication avec mon
mystérieux interlocuteur. Je me mis à penser très
fort à une phrase en espérant qu'il l'entendrait :
« Qui êtes-vous à la fin ?
- Qui je suis ? Je suis ton reflet... ou plutôt... tu es le mien. Alors cela fait quel effet d'être de l'autre côté du miroir ?
- Mon reflet ? Qu'est-ce que cela veut dire ?
- J'ai été ton reflet pendant des années, j'ai été le témoin de bien des épisodes de ta lamentable existence. Je ne pouvais rien dire, rien faire et je devais me contenter d'assister impuissant à tous tes ratages. Mais la situation a changé. Maintenant, c'est moi qui dirige les opérations. Tu es devenu mon reflet. Tu vas voir comment je gère une existence telle que la tienne.
Je dus me rendre à l'évidence, mon interlocuteur n'était autre que cet individu que je voyais dans la glace et que j'avais pris naïvement pour moi-même. Je compris également pourquoi je n'avais le sentiment d'exister que lorsque je voyais mon reflet dans un miroir : tout simplement parce que j'étais devenu moi-même le reflet.
Mon reflet m'adressa un large sourire carnassier puis il disparut de
mon champ de vision, me renvoyant encore une fois au néant.
Je le revis par intermittence, dans ma salle de bain, dans les
toilettes du collège où je travaillais, dans la rue,
dans ma voiture. Visiblement, mon reflet avait pris son rôle à
coeur et assurait sa nouvelle fonction de professeur avec sérieux.
Il n'en avait pas moins d'étranges lubies, comme celle
d'installer un miroir au plafond de ma chambre. Cet instrument d'un
goût douteux me permit de constater que la disposition
spartiate de l'endroit où je dormais avait cédé
la place à un arrangement somptueux où dominaient la
pourpre et l'or. « Rome remplaçait Sparte »
songeai-je à part moi, ne pouvant me débarrasser de
cette fâcheuse manie de glisser des citations littéraires
dans les situations les plus triviales. Dans les temps qui suivirent,
d'autres miroirs apparurent dans les autres pièces. Mon reflet
tenait visiblement à ce que je puisse le voir à toutes
heures du jour et de la nuit.
Un soir, mon reflet entra, accompagné d'Estelle, la documentaliste de mon collège pour laquelle j'avais toujours eu un faible. Je vis le dîner aux chandelles, la bouteille d'un grand cru qui fut vidée dans la soirée, les tentatives expertes de rapprochement de la part de mon reflet auxquelles Estelle se prêta avec une complaisance qui me laissa stupéfait, et pour finir, l'étreinte finale sur le lit somptueux couvert de pourpre.
Le lendemain, dans le miroir de la salle de bain, mon reflet me regardait avec un air narquois.
- Alors ? Qu'est-ce que tu en dis ? Ça t'en bouche un coin, non ? C'est autre chose que tes lamentables tentatives d'approche. Il ne m'a pas fallu une semaine pour la mettre dans mon lit, la poulette.
- Tu n'as pas le droit de dire ça, avec Estelle nous avions une relation privilégiée.
- Tu veux dire que vous n'aviez pas de relation du tout. C'est vrai que parler, comme tu l'as fait la dernière fois que tu l'as invitée, de la philosophie de Bergson, c'était super glamour. Mais tu aurais pu choisir un sujet encore plus romantique, tel que l'usage du tiret dans l'oeuvre de Julien Gracq ou la syntaxe des phrases de Marcel Proust.
- Tu peux te moquer, n'empêche qu'Estelle est une fille sensible et intelligente et qu'elle se rendra vite compte que tu n'es pas moi.
- Tu parles, c'est une petite dinde. Elle attendait juste que tu la sautes et c'est moi qui l'ai fait. Dommage pour toi, tu aurais dû en profiter, c'est plutôt un bon coup. D'autant plus que je l'ai séduite avec ce poème.
Il me mit devant les yeux un poème que malgré l'inversion due à l'effet miroir je reconnus comme étant un de ceux que j'écrivais en classe de première.
- Mais c'est un des poèmes que j'avais écrit pour Natasha! Tu n'as pas le droit de t'en servir de cette façon.
- Bah, il fallait bien qu'il serve à quelque chose et ce n'est pas l'effet qu'il a eu sur Natasha qui t'a payé de la peine que tu as pris à l'écrire. Quelle idée aussi de tomber amoureux d'une lesbienne alors que tu aurais pu sortir avec n'importe laquelle de ces filles de seconde qui te faisaient les yeux doux! Mon pauvre Concombre, je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi niais que toi! De toute façon ce poème était juste un appât, si tu t'imagines que je vais rester avec une vulgaire documentaliste tu te goures.
- Mais tu n'as pas le droit de traiter les gens de cette façon!
- C'est ce qu'on va voir.
(A suivre...)
Et! Salut toi! Tu as beau te cachée derrière ton écran d'ordinateur, je vois bien a quel point tu es belle! Je ne t'avais jamais montrer de photo de moi, je veux dire tel que je suis vraiment ? En fait je suis un trop beau mec. Alors si tu veux qu'on se voient en vrai n'hésites pas à me laisser un message en pv. Sinon, je vais te racontée une histoire que j'ai inventé spécialement pour toi. J'espère qu'elle te plairas.
Tout commença, il y a quelques temps de cela, un jour où
glissant une fois de trop sur mes cheveux en sortant de la douche, je
décidai qu'il était grand temps d'aller les faire
couper. Ayant pris rendez-vous chez ma coiffeuse habituelle,
j'arrivai le jour dit à l'heure dite pour constater que trois
ou quatre clientes me précédaient. Ma coiffeuse
m'invita à m'asseoir en attendant qu'elle ait terminé
avec ces dames, ce que je fis. Une fois assis, plutôt que de me
plonger dans la lecture d'un des magazines féminins qui
trainaient çà et là, je contemplai mon visage
dans les multiples miroirs qui tapissaient les murs du salon de
coiffure. Après m'être amusé à me faire
des grimaces, profitant de moments où ma coiffeuse me tournait
le dos, je décidai de regarder par miroir interposé ce
qui se passait dans la rue. Ce que je vis me laissa perplexe. Sur le
trottoir d'en face, un homme marchait. Il passa derrière un
poteau et je le vis très clairement disparaître
derrière. Je tournai sur mon siège et regardai la rue.
L'homme était dans la rue, de l'autre côté du
poteau, il s'était arrêté, l'air étonné.
Je fis pivoter mon siège dans l'autre sens et regardai dans le
miroir la scène que je venais de voir. L'homme avait à
nouveau disparu! Je me retournai, il était dans la rue et il
s'était remis à marcher.
Il me fallait en avoir le coeur net. Je me levai, je sortis après
murmuré un vague « excusez-moi, je reviens tout de
suite. » et je traversai la rue. L'espace compris entre le
poteau et le mur était juste suffisant pour laisser passer un
homme. J'avançai prudemment, tendant la main de façon à
la faire passer derrière le poteau. Elle disparut complètement
de mon champ de vision et je ne ressentis plus rien au bout de mon
bras. Je décidai d'essayer de percer ce mystère et fis
un pas en avant, puis un deuxième ; j'eus soudain la sensation
étrange de disparaître.
Lorsque je me retrouvai moi-même, j'étais dans le salon de coiffure, face à ma coiffeuse, j'agitai les lèvres sans qu'aucun son n'en sorte. Pourtant, la coiffeuse sembla me comprendre et elle acquiesça à ce que je ne lui avais pas dit. Puis elle m'invita à m'asseoir. Vingt minutes plus tard, je sortais du salon de coiffure avec une coupe que je n'avais pas demandé et qui me donnait l'allure d'un mannequin de magazine. À peine fis-je quelques pas dans la rue que je me sentis à nouveau disparaître.
Il me semblait réapparaître, comme dans un rêve,
par flashs, je me voyais marcher dans la rue quelques secondes, et
puis plus rien. Lorsque je repris consistance, j'étais dans
une cabine d'essayage, face à un miroir où je me vis
enfiler des vêtements de marque. Puis je me sentis à
nouveau disparaître.
Combien de temps s'écoula-t-il entre cette nouvelle disparition et le moment où je repris consistance ? Je l'ignore. Je sais simplement que je me retrouvai dans ma salle de bain, face à mon miroir. J'étais habillé avec une élégance que je ne me connaissais pas et je me souriais dans le miroir avec un air d'arrogante satisfaction.
« Alors, tu te trouves comment ? C'est tout de même
mieux comme ça, non ? »
La voix avait résonné clairement dans la pièce à moins que ce ne fût dans mon esprit. Quelqu'un venait de me parler et pourtant dans la pièce il n'y avait que moi. C'est du moins ce qu'il me sembla sans que je puisse m'en assurer, car pour une raison incompréhensible, il se trouve que ma tête refusait obstinément de bouger.
« Ce n'est pas la peine d'insister, à présent c'est moi qui commande. Tu ne bougeras que lorsque je l'aurai décidé. »
(A suivre...)
Il y a quelques temps de cela, je reçus un appel téléphonique pour le moins singulier. Décrochant mon combiné et prononçant ce mot caractéristique de la fonction phatique du langage telle qu'elle a été définie par Jakobson, « allo », j'eus la surprise d'entendre en lieu et place de mon interlocuteur, un larsen indescriptible. Raccrochant le téléphone, croyant à un mauvais plaisant, je fus perturbé pendant quelques instants par un acouphène. Puis mon audition redevint normale et je ne songeai plus à cet incident, certes fâcheux, mais que je jugeais sans importance.
Ce n'est que quelques jours plus tard que je me rendis compte des conséquences qu'avait eu cet appel sur mon système auditif. Ce jour-là, pour je ne sais quelle raison, j'avais décidé de réécouter la neuvième symphonie de Beethoven dans l'interprétation de Furtwängler. Je mets le CD sur la platine, j'appuie sur la touche play, et là, rien... J'attends un peu, je me souviens que le premier mouvement de la neuvième de Beethoven est assez lent à démarrer. Au bout de dix minutes, toujours rien. Pourtant l'affichage digital de la platine m'indique que le CD est en train d'être lu. Pensant qu'il s'agit d'un problème de haut-parleur, j'introduis un autre CD dans la platine. Les premières mesures du requiem de Mozart résonnent dans la pièce. J'en essaye d'autres, la pathétique de Tchaikovsky, la cinquième de Mahler, les nocturnes de Chopin, le black album de Metallica, in utero de Nirvana, tout passe, il n'y a que la neuvième de Beethoven qui reste désespérément muette. Croyant qu'il s'agit du CD, j'essaye de lire la version de la neuvième par Karajan. Silence radio. J'allume mon ordinateur, je vais voir sur youtube pour trouver une autre version de la neuvième. Le chef d'orchestre s'agite, les musiciens grattent les cordes, soufflent dans des tuyaux, mais je n'entends toujours rien.
Ce n'est qu'en réfléchissant longuement que je fis le lien avec ce mystérieux appel que j'avais reçu quelques jours auparavant. Bien décidé à comprendre le fin mot de l'histoire, je cherchais la provenance de cet appel. Il se trouve que mon correspondant avait laissé un message sur mon répondeur. Le numéro que je finis par obtenir me mena sur la piste d'un certain Ludwig Van Beethoven que je décidai aussitôt d'appeler. La tonalité m'indique que mon interlocuteur vient de décrocher. Je glisse un prudent « allo ? » et j'entends une voix d'outre-tombe me répondre : « Monsieur, avant que vous ne prononciez le moindre mot, je me dois de vous avertir que je resterai sourd à tout ce que vous pouvez me dire.
- Monsieur, vous m'avez appelé il y a quelques jours pour me faire entendre un son insupportable.
- Vous me demandez si c'est moi qui vous ai appelé l'autre jour ?
- Je ne vous demande pas si c'est vous, je vous demande pourquoi.
- C'est bien moi, monsieur.
- Pouvez-vous m'expliquer comment il se fait que depuis votre appel je suis incapable d'entendre la moindre note de la neuvième symphonie écrite par un de vos homonymes ?
- Vous vous demandez sans doute pourquoi je vous ai appelé ?
- C'est cela même.
- Je ne peux pas vous expliquer pourquoi, vous ne comprendriez pas.
- Pourquoi je ne peux plus entendre une note de la neuvième ?
- Puisque vous insistez, je vous dirai la vérité, c'est vous qui l'avez voulu!
- Je vous écoute.
- Le signal que vous avez entendu a produit une lésion bien particulière dans votre système auditif qui vous empêche d'entendre une seule note de ma neuvième symphonie.
- Vous êtes le vrai Ludwig van Beethoven ?
- Je suis Ludwig van Beethoven et ce que j'ai à vous dire, Monsieur, c'est que vous n'êtes pas digne d'entendre ma neuvième symphonie.
- Comment ça je n'en suis pas digne ? J'adore cette symphonie depuis l'âge de dix ans. Je ne m'en lasse pas, je pourrais l'écouter pendant des heures.
- Qui êtes-vous, Monsieur, pour me dire ce que vaut ma musique ? Votre avis ne m'intéresse pas. Vous n'êtes pas digne d'entendre cette musique. Il n'y a rien de personnel là-dedans, personne n'en est digne si ce n'est moi-même.
- Mais vous ne pouvez pas l'entendre, vous êtes sourd!
- J'ai fait exprès de rendre cette symphonie injouable pour que personne ne puisse l'entendre et les orchestrateurs se sont arrangés pour pouvoir la jouer quand même, pour la livrer à une populace grossière incapable de saisir la profondeur de mon génie. Dorénavant, j'appellerai tous les titulaires d'une ligne téléphonique de façon à les rendre sourds à ma musique. Vous n'êtes qu'un parmi des milliers. Cela prendra des siècles s'il faut, mais j'ai le temps.
- Mais enfin, Monsieur Beethoven, comment pouvez-vous nier ainsi le formidable sentiment d'espoir que fait naître l'hymne à la joie dans le choeur des Européens ? Vous voudriez leur enlever cela ?
- Je vous ai déjà dit que je ne vous entendais pas, Monsieur. Vous n'êtes pas digne que je vous entende. N'y voyez rien de personnel : aucun son si ce n'est ma neuvième symphonie n'est digne que je l'entende.
- ...
- Et si vous me dites, Monsieur, que le quatrième mouvement de ma symphonie a servi de modèle pour l'hymne européen, je vous répondrai, Monsieur, que l'Europe n'est pas digne de la musique que je compose. Je n'ai plus rien à vous dire, Monsieur, je vous prie de me laisser maintenant, tout ce que vous me dites et que je n'entends pas me fatigue profondément. Auf nicht wieder hören, Monsieur.
Ludwig avait raccroché, sans avoir entendu ce qu'il me restait à lui dire. Je me consolai en me disant qu'il valait toujours mieux ne pas entendre la neuvième de Beethoven que d'être sourd.
Suite à la divulgation inédite du scénario d'un film que vous ne verrez jamais, le Concombre récidive en proposant sur son blog une séquence de ce chef d'oeuvre inconnu du septième art. Les visages ont été évidemment floutés pour conserver l'anonymat des acteurs (excepté pour le chien des parents du Concombre qui n'a fait aucune réclamation à ce sujet).
Il existe également un dossier de presse concernant ce film que je me permets de vous transmettre.
Réactions de spectateurs lors d'un micro couloir effectué après la première (et la seule) projection du film :
« Maman, elle est trop marrante avec son chapeau de sorcière sur la tête! » la soeur du Concombre
« Mais euh!... » la mère du Concombre.
« Les parents du Concombre sont vraiment de bonne composition! Les miens n'auraient jamais accepté de tourner dans un truc pareil! » une amie de Kévina.
« Le fantôme c'est tonton Concombre! » le neveu du Concombre.
« Si ce film est nul, c'est à cause du scénario. » Kévina.
« Si ce film est nul, c'est à cause des costumes et des décors. » Le concombre.
Après ces réactions mitigées, le Concombre aurait déclaré à la presse si la presse ne s'était pas royalement désintéressée du sort de ce film injustement méconnu : « Les gens ne se rendent pas compte, ils démolissent mon film comme ça au détour d'une phrase, alors que pour moi et pour toute l'équipe cela représente une après-midi et une soirée de travail. On a critiqué l'indigence du scénario alors que j'ai passé au moins une demi-heure à l'écrire dans des conditions particulièrement difficiles! Mais qu'on se le dise, ces critiques ne m'empêcheront pas de continuer à faire des films et sachez que je travaille avant tout pour le public qu'une monstrueuse cabale empêche de voir mon oeuvre! »
Voici le scénario d'un film que vous ne verrez jamais pour de sombres histoires de droits à l'image. Nul doute que s'il avait pu être diffusé, il aurait gagné le grand prix du festival du court-métrage à Clermont-Ferrand. Il a été tourné le 31 octobre 2006 chez les parents du Concombre avec la distribution suivante :
1er enfant : Kévina
2ème enfant : le Concombre
jeune femme : Kévina
jeune homme (Antoine) : le Concombre
le père : le père du Concombre
la mère : la mère du Concombre
Tobie le chien, Antoine le chien : le chien des parents du Concombre
Le scénario est l'oeuvre du Concombre, les décors et les costumes sont celle de Kévina, la caméra était tenue par tous les intervenants précédemment cités.
Chez le Concombre, on n'a pas de budget, mais on a des idées!
Scène 1
EXTERIEUR JOUR
Deux enfants déguisés avec des costumes d'halloween. Travelling avant jusqu'à la porte d'entrée.
1er ENFANT. Regarde ici. Ils ont mis une citrouille devant la porte. Ils vont surement nous donner des bonbons.
2ème ENFANT. Oh oui! Allons-y. J'espère qu'ils ont des carambars goût orangina! J'adore les carambars goût orangina
1er ENFANT. Frappe à la porte. Ohé! Si vous ne nous donnez pas des bonbons nous allons vous changer en citrouilles.
2ème ENFANT. Oui! Oui! En citrouilles et en chauves souris!
Scène 2
INTERIEUR
Travelling en caméra subjective. Part de la grande chambre, descend les escaliers, va dans la cuisine, ouvre la porte. Les deux enfants regardent effrayés vers la caméra, poussent un cri d'horreur et s'en vont en courant en faisant tomber leur panier de bonbons. Zoom sur le panier de bonbons, travelling jusqu'à la citrouille, gros plan fixe.
Scène 3
INTERIEUR
Gros plan sur une lettre. Elargissement du champ. Un jeune homme est en train de lire la lettre. Une jeune fille est en train de manger un yaourt.
JEUNE FEMME. Chéri. Il faudra quand même que je rencontre tes parents. Cela fait déjà quatre mois que nous sommes mariés ensemble, nous avons deux enfants et trois chinchillas et je ne les ai encore jamais vus.
JEUNE HOMME. Absorbé dans de sombres pensées. Hein quoi ? Les chinchillas ?
JEUNE FEMME. Mais non, tes parents! Ce que tu peux être distrait alors!
JEUNE HOMME. Ah oui, mes parents. C'est curieux que tu me dises ça, ils viennent juste de m'écrire. Ils nous invitent ce soir pour fêter la saint Quentin. Ils se sont souvenus que c'était le nom de mon premier poisson rouge.
JEUNE FEMME. Eh bien allons-y. Je n'ai pas rangé la voiture.
JEUNE HOMME. Tu sais mes parents ne sont plus tout à fait les mêmes depuis que ma mère a eu son accident d'entonnoir.
JEUNE FEMME. Son accident d'entonnoir ?
JEUNE HOMME. Oui, elle s'est blessée avec un entonnoir en faisant de l'huile de noix. Depuis ils sont partis vivre à la campagne, dans le Berry pour échapper à l'agitation de la vie citadine..
Scène 4
EXTERIEUR NUIT
Dans une voiture.
JEUNE FEMME. Ils habitent vraiment loin tes parents.
JEUNE HOMME. Oh regarde! Il y a une citrouille devant la porte! C'est bizarre, mes parents n'ont pas l'habitude de fêter Halloween.
JEUNE FEMME. Je suis émue, je vais enfin rencontrer tes parents et ton frère Tobie dont tu m'as tant parlé!
JEUNE HOMME. frappe à la porte. Ohé, c'est nous!
La Mère et le père apparaissent, ouvrent la porte et font entrer les enfants dans la cuisine.
LA MERE. Entrez, nous vous attendions.
JEUNE HOMME. Bonjour Maman, bonjour papa. Tobie n'est pas là ?
LE PERE. Non, il est parti voir des amis.
JEUNE FEMME. Bonjour Madame, bonjour Monsieur.
JEUNE HOMME. Tiens ? Vous avez un chien ? Il s'appelle comment ?
LE PERE. Il s'appelle Tobie. Hein Tobie ?
JEUNE HOMME. Ca alors! Il s'appelle Tobie comme Tobie Vous l'avez fait exprès ?
LA MERE. Non, c'est lui qui l'a fait exprès.
LE PERE. Chut! Tu sais bien qu'on ne peut pas leur dire.
LA MERE. Ah oui, c'est vrai. Passez plutôt à table, j'ai préparé de la purée de limaces. Vous aimez les limaces ?
JEUNE FEMME. Euh, c'est à dire... je ne sais pas je n'en ai jamais mangé.
LA MERE. C'est très bon, ça a un goût d'asticot mais en plus relevé.
Ils passent dans la salle à manger, s'asseoient, mangent.
JEUNE HOMME. C'est bien ici, vous avez une cheminée.
LE PERE. A propos il faut que j'aille chercher du feu pour le bois.
Il sort après avoir mis son manteau et un chapeau.
LA MERE. Suis-je bête ? J'ai oublié d'apporter de quoi boire! Je vais chercher de la bave de crapaud à la cave. Elle sort.
JEUNE FEMME.Tu n'as pas remarqué quelque chose d'étrange depuis que nous sommes arrivés ?
JEUNE HOMME. Non pourquoi j'aurais dû ?
JEUNE FEMME. Ta mère n'a pas employé une seule fois le mot « choucroute garnie » depuis que nous sommes arrivés, or j'ai lu dans jeune et jolie que les sorcières ne pouvaient pas employer ce mot sous peine de tomber mortes foudroyées.
JEUNE HOMME. Allons, tu te fais des idées.
Gros plan du réveil. Sept heures.
Le réveil sonne minuit.
JEUNE HOMME. Cela fait tout de même trois heures qu'ils sont partis, je vais voir ce qu'ils font.
JEUNE FEMME. Tu as raison, il vaut mieux être sûr qu'il ne leur est rien arrivé. Surtout ne prends pas froid.
Le jeune homme sort.
JEUNE FEMME.Ces gens ne m'inspirent pas confiance. Ceux qui sont capables de mettre une nappe jaune avec des serviettes rouges sont capables de toutes les turpitudes, ça ne fait aucun doute.
Mais qu'est-ce que c'est ? Gros plan d'un livre posé sur la table. Un livre ? Avec des pages. Ca alors, je n'en avais encore jamais vu. Décidément ces gens sont bizarres. Lit le livre. Ca alors! Dans ce bouquin il y a écrit que des gars se la coulent douce à miami. Hasard ou coïncidence ? Ils disent aussi que le pouvoir des sorciers berrichons est tel qu'ils sont capables de transformer un homme en chien et une femme en grenouille. N'importe quoi. Billevesées! Tout cela n'est que de la propagande crypto-réactionnaire royaliste.
On entend un bruit.
Mais qu'est-ce que c'est ? Cette soirée m'a mis les nerfs à rude épreuve. Je sursaute pour un rien.
Nouveau bruit.
Allons voir. Mais prudence... elle sort un revolver du tiroir. Tiens un revolver! Ca tombe bien j'avais précisément oublié le mien chez mon dentiste!
Elle va voir un dehors un fantôme apparaît en poussant des gémissements.
Le FANTOME. Excusez-moi Madame, vous avez du feu ?
JEUNE FEMME.Bien sûr! Elle tire un coup de revolver.
LE FANTOME. Vous êtes bien aimable, désolé je ne m'attarde pas, je passe en coup de vent, mais j'ai d'autres chats à fouetter.
On frappe à la porte
JEUNE FEMME. Qui c'est. ?
LE PERE. C'est moi.
JEUNE FEMME. Ah c'est vous ? Vous m'avez fait peur. Vous n'avez pas vu Antoine ? Il est parti vous chercher.
LE PERE. Non. En revanche, j'ai trouvé un chien.
JEUNE FEMME. Oh qu'il est mignon! Comment s'appelle-t-il ?
LE PERE. Antoine. Mais vous n'avez qu'à le prendre, nous en avons déjà un.
JEUNE FEMME.Merci c'estgentil.
LE PERE. Vous feriez mieux de rentrer, il va bientôt faire jour.
JEUNE FEMME. Bien volontiers, mais Antoine...
LE PERE. Ne vous inquiétez pas, si on le retrouve on vous le renvoie par la poste.
JEUNE FEMME. Vous êtes bien aimable. Dire que je vous avais pris pour des sorciers.
LE PERE. Des sorciers ? Quelle drôle d'idée!
Il rit ; gros plan sur Antoine le chien.
Le bateau sur lequel j'embarquais était un vieux transatlantique qui avait longtemps voyagé dans la mer Egée. Les passagers étaient peu nombreux, comme toujours à la basse saison. Je me liai d'amitié avec une vieille anglaise qui adorait Stéphanie de Monaco et qui avait été ravie de pouvoir l'entendre à travers la cloison (mon lecteur diffusait alors les programmes de RMC). Le temps passait et le moment fatidique approchait. Au large de la Nouvelle Zélande, dans un lieu connu de moi seul, à une heure tardive de la nuit, je jetai l'objet maudit au fond de l'océan. Il sombra peu à peu dans l'eau et je vis distinctement des bulles remonter à la surface comme s'il avait été rempli d'air. J'entendis encore quelques temps le 21ème concerto de Mozart interprété par Megadeth, puis ce fut le silence. Enfin le silence après toutes ces semaines où le lecteur ne m'avait laissé aucun répit. Je tirai une cigarette de la poche de mon veston et la fumait mélancoliquement, face à l'océan calme et majestueux qui s'étendait à l'infini, aussi limpide qu'une plaque d'égout parisienne un 21 avril.
Je retournai chez moi, goûtant à nouveau le silence de mon quartier. Je crus que j'étais sauvé et je repris paisiblement l'existence qui avait toujours été la mienne. Tout allait bien jusqu'à il y a deux jours. Il y a deux jours, j'ai trouvé ce mot laconique dans ma boîte aux lettres « J'espère que vous n'avez pas oublié que vous me devez trois berlingots. » Le mot n'était pas signé et ne comportait aucun signe distinctif, mais je savais bien de qui il était. Depuis, je ne dors plus la nuit, m'attendant toujours à ce que la sonnette d'entrée retentisse. J'ai lu ce matin dans les journeaux que des marins avaient entendu des dauphins au large de Nouméa chanter l'intégrale des sonatines de Richard Cleyderman. Je sais que le lecteur maudit existe toujours et qu'il me faudra payer ma dette. J'attends avec angoisse l'inconnu de la rue sans nom. Par précaution, je ne vais plus à mon travail, je ne sors plus de chez moi, je me suis crevé les tympans pour ne plus rien entendre. Mais je sais que tout cela ne servira à rien, je sais qu'il reviendra, qu'il me trouvera...
Fin ?
Quelques jours plus tard, ayant constaté que l'antiquaire qui m'avait vendu mon lecteur ne me contactait pas pour me réclamer la somme que je lui devais, je décidais de me rappeler à son bon souvenir parce que je n'ai pas l'habitude de laisser mes dettes impayées. J'errais plusieurs heures dans la ville avant de retrouver la rue où j'avais cette acquisition providentielle. Lorsqu'enfin je la trouvai, il n'y avait nulle trace de la boutique maudite. C'était comme si elle n'avait jamais existé. En son lieu et place, il y avait un vague terrain vague où trois enfants crasseux jouaient au foot. Ils n'avaient bien sûr jamais vu ou entendu parler de cette boutique dans laquelle j'étais entré quelques jours auparavant. Le lieu, disaient-ils, avait toujours été un terrain vague.
J'aurais dû me dire que c'était bizarre, mais finalement j'étais bien content de ne pas revoir ce vendeur monstrueux dont le seul souvenir me faisait frissonner de terreur.
C'est quelques jours plus tard que survint le second événement qui devait être le deuxième d'une série ininterrompue. J'avais décidé d'écouter la radio dans la pièce du fond, sur mon lecteur de 39 tours et demi. Je cherchai une station passant de la musique de jeûnes, style Hallyday, Aznavour, etc. J'aime bien écouter les jeunes chanteurs quand j'en ai l'occasion. Alors qu'il me semblait avoir trouvé une station correspondant à mes critères, quelle ne fut pas ma stupéfaction d'entendre chanter Christophe Miossec. Que dis-je ? Il ne chantait pas, il beuglait. Dire qu'il avait si longtemps caché son jeu en faisant croire à l'ensemble de ses auditeurs qu'il était aphone! Les enceintes tremblaient de peur devant ses cris désespérés.
« J'ai toujours pas payééééé............la facture d'electricité...............
- Moins fort Christophe! Tu vas réveiller le fils des voisins et il va se mettre à pleurer...
- Qu'est-ce qui a bien pu nous arriveeeer
Nous ne sommes plus les mêm's depuis sam'di dernieeeer
Chuuuut!!! »
Encore une fois, j'étais contraint d'éteindre mon poste pour l'obliger à se taire. Le jour suivant, je recevais une visite d'un employé EDF.
« Alors comme ça il paraît que vous n'avez pas payé votre facture d'électricité ? »
C'est à partir de ce moment que ma vie commença à devenir un enfer. Le lecteur se déclenchait à n'importe quelle heure de la journée, sans que je puisse le prévoir et il diffusait n'importe quelle station de radio. J'eus beau le débrancher, il continua à diffuser n'importe quoi n'importe quand. Mes voisins me regardaient d'un oeil mauvais chaque fois qu'ils me rencontraient dans l'escalier. Je crois qu'aucun d'eux n'avait apprécié la spéciale intégrale de Bézu sur Rires et chansons entre minuit et trois heures du matin. Les temps de répit que me laissait mon lecteur étaient de plus en plus courts. Tous les jours j'avais le droit aux discours en stéréo de Sarkozy, à l'intégrale de la star académy, aux grosses têtes, à la voix criarde de Difool et à la messe en latin le dimanche.
Après quinze jours passés sans dormir et une pétition de mes voisins pour m'expulser de l'immeuble, je décidai d'aller déposer l'objet maudit à la décharge. Mais au moment où je m'apprêtais à le jeter dans une des bennes disposées pour les particuliers, mon lecteur se mit à diffuser du Yves Duteil, ce qui attira le gardien de la décharge qui me fit savoir que je devais garder cet objet maudit.
J'essayais de le démolir à la hache, mais le polystyrène allégé était plus dur que la pierre, ce fut la hache qui se brisa. Je n'eus pas plus de chance avec un marteau-piqueur et avec une tronçonneuse.
J'essayais bien d'abandonner ce maudit lecteur au coin d'un bois. Malheureusement, le garde-chasse retrouva ma trace et me le renvoya en colissimo.
En désespoir de cause, je décidais d'effectuer une croisière dans le Pacifique sud. Peut-être qu'englouti au fond de la mer ce maudit lecteur me laisserait enfin tranquille.