27 posts tagged “ça vaut mieux que d'attraper la scarlatine”
Cela fait partie des attributions des professeurs : il faut prévenir nos élèves que se droguer c'est mal, certes pas autant que d'écouter les chansons de Jennifer en boucle sur son i-pod, mais presque. Parfois nous sommes aidés dans cette tâche d'information et de prévention par de zélés auxiliaires qui n'hésitent pas à payer de leur personne pour faire passer aux jeunes l'envie de se droguer (mais certes pas d'écouter du Booba, ce qui est bien regrettable). Parfois, c'est débrouillez-vous avec les moyens du bord ("vous êtes prof de français ? Vous n'avez qu'à leur faire étudier l'Herbe bleue ou Moi Christiane F, 13 ans, prostituée droguée).
Pour m'acquitter de cette tâche, je vous propose donc un spot de prévention que j'ai moi-même réalisé avec les moyens du bord (que voulez-vous dans l'Education Nationale, on n'est pas très riche). Comme ça ce sera fait et on pourra enfin passer à des choses sérieuses...
Dans ma famille, on
n'aime pas trop les étrangers. Alors quand mon père est
mort, ma mère aurait pu se marier avec un autre gars, un gars
du village. Le problème, c'est que des gars au village, il n'y
en a plus depuis 1970, depuis que la dernière communauté
de hippies a foutu le camp, parce que la terre était trop
aride et qu'il fallait se lever trop tôt pour arroser les
plants de tomates. Ça ne faisait pas l'affaire de ma mère,
vu qu'elle était encore jeune et que ça la démangeait
encore pas mal au niveau du bas ventre, et puis, n'ayant eu qu'un
fils, elle ne se voyait pas interrompre là la nombreuse
postérité qu'elle s'était promise de laisser au
monde. Evidemment, elle aurait pu descendre à la ville se
chercher un homme, mais ça aurait été un
étranger et qu'est-ce que vous voulez, dans la famille on
n'aime pas les étrangers. Du coup elle s'est tournée
vers le seul mâle du village susceptible de la satisfaire si
l'on excepte l'âne Cadichon, et le verrat Grocochon. Or il se
trouve que ce mâle, c'était moi.
Nous avons vécu
ainsi paisiblement pendant plusieurs années. Ma mère
mit au monde une charmante petite fille que nous avons appelée
Anne-Marie comme sa mère. Anne-Marie fut choyée par
toute la famille. Sa mère Anne-Marie n'avait d'yeux que pour
elle, quant à sa grand-mère Anne-Marie, ma mère,
elle en était folle. Son père s'en occupait à
merveille, et elle était l'objet de toutes les attentions de
moi, son grand-frère. Anne-Marie aurait voulu d'autres enfants
qu'Anne-Marie. Malheureusement la sinistre fatalité qui
semblait s'acharner sur notre pauvre famille ne lui en laissa pas le
temps. Elle mourut en se noyant dans une mangeoire à pigeons
avant de mettre au monde son troisième enfant.
J'aurais pu
chercher une femme au village pour me seconder dans les tâches
ménagères harassantes qui composent l'ordinaire de la
vie à la ferme. Le problème, c'est que des femmes au
village, à part ma mère, il n'y en a plus depuis 1972,
depuis que la dernière communauté de lesbiennes a foutu
le camp, importunée par les avances un peu trop pressantes de
l'âne Cadichon. Evidemment, j'aurais pu descendre à la
ville pour chercher une femme, mais ça aurait été
une étrangère et qu'est-ce que vous voulez, dans la
famille on n'aime pas trop les étrangers. Du coup j'ai reporté
mon affection vers la seule présence féminine de mon
entourage. Or, il se trouve qu'Anne-Marie qui allait sur ses quinze
ans était la plus jolie fille qui soit aux alentours et c'est
tout naturellement que nous nous sommes mis en ménage et que
nous avons dormi dans le même lit.
Nous vivons ainsi depuis plusieurs années. Anne-Marie a mis au monde un petit garçon que nous avons appelé Gustave en hommage à son père ainsi qu'à son grand-père. La vie à la ferme reste dure et parfois dangereuse et il m'arrive parfois de penser avec angoisse à ce que pourrait devenir Anne-Marie si par hasard il m'arrivait malheur. Un accident d'arrosoir est si vite arrivé! Et malheureusement, il n'y a plus aucun homme au village qui puisse assurer la succession de la ferme. Quant à aller chercher un étranger à la ville, j'espère bien qu'Anne-Marie n'en sera jamais réduite à une telle extrêmité! Je n'imagine que trop bien de quelles turpitudes ces dégénérés sont capables! Ma mère m'a suffisamment parlé de leurs moeurs ignobles et répugnantes! Lorsque je fais part de mes inquiétudes à celle qui est pour moi tout à la fois une soeur, une fille et une compagne, elle me répond tendrement en me regardant de ses grands yeux charmants : « Ne t'inquiète pas, Gustave, si jamais il t'arrive quelque chose, il y aura toujours Gustave, c'est presqu'un homme maintenant! »
Depuis maintenant plus de deux mois, un locataire qui ne paye pas son loyer squatte indûment ce blog aux dépens de son propriétaire légitime. Au vu de ce constat, on peut se demander si l'état de droit est respecté dans ce pays. Rappellera-t-on que l'on a limogé un préfet pour un fait bien moins grave ? C'est pourquoi il est temps de réagir et d'expulser cette racaille qui se croit tout permis hors de ce blog. On ne peut pas laisser perdurer plus longtemps le sentiment d'impunité qui gangrène ce pays! Car enfin si la réflexion et l'exigence intellectuelle était au rendez-vous de ce que publie ce locataire indésirable, on ne pourrait pas tout à fait lui en vouloir. Mais les posts publiés par lui sont un ramassis de vulgarités d'une pauvreté intellectuelle affligeante.
Je n'ai pas peur de le dire : il est plus que temps que le Concombre reprenne en mains ce blog qui sans lui est en train de péricliter... Exit la photo du monarque! Vive le vert! Retour au titre original. Et je remets le compteur à zéro et le remplace par de la musique!
Parce que c'est ça ma conception de la politique et du blogging, vous dire la vérité et respecter mes engagements. Je vous avais promis une vidéo de Nadine Morano faisant un strip-tease! Eh bien la voilà, en totale exclusivité sur ce blog.
Bon d'accord, certains vont me dire que ce n'est pas un vrai strip-tease... Mais vous voulez quoi ? Que je diffuse des images érotiques voire pornographiques à une heure de grande écoute ? Eh bien je m'y refuse, autant vous dire tout de suite que ce n'est pas mon genre... Comme si j'allais diffuser des images licencieuses pour attirer des lecteurs sur mon blog! Vous me prenez pour qui ?
Après Pierre
Assouline, rédacteur du fameux blog littéraire la
République des livres, qui a sorti il n'y a pas longtemps
un livre intitulé Brèves de blog, j'ai décidé
moi aussi de rentabiliser les commentaires de Vivre me fait rire en
publiant les meilleurs. Comme aucune des maisons d'édition que
j'ai contactées n'en a voulu pour faire un livre, je suis
encore obligé de faire le travail moi-même et de publier
ces morceaux choisis à compte d'auteur sur mon propre blog.
J'aurais pu évidemment publier in extenso mes 205 pages de commentaires (sans compter les récents, depuis que j'ai changé de plateforme en 2007). Mais il est de mon devoir de vous épargner une lecture longue et fastidieuse. J'aurais pu céder à la tentation de garder les tonnes de louanges prouvant à quel point mes notes sont désopilantes, j'aurais pu vous faire part des tombereaux d'insulte pour témoigner du caractère profondément polémique de mon blog, j'aurais pu montrer l'évolution de l'art de certains de mes commentateurs fidèles comme Tipierre ou Abricot. Mais j'ai préféré plus humblement sélectionner parmi la masse considérable des commentaires archivés ceux qui me semblaient les plus décalés, manifestations d'une personnalité de commentateur hors-norme.
Anthologie de commentaires
.
Arnie Le 07/09/07, à
07h08 sur la pub ça suffit!
NON CA NOUS FAIT PLEURER. LES CHAPITRES.
Anonyme le 08/01/07 à 09h43 sur choisis ta religion
Great info, thanks.
Neo le 11/08/06 à 09h16 sur Chirac s'apprêterait à retirer le CPE.
Excellent!
Sayang le 05/03/06 à 15h44 sur les dieux m'en veulent.
Il faut le faire!
Max le 24/02/06 à 23h40 sur the retour of the Petit Nicolas.
non!!!!!je rigole pas!!!!j'aime beaucoup ton blog....
metiss le 04/02/06 à 21h22 sur ce qui tuera l'industrie du disque
bj,a chaque fois que je vais sur mon blog,jai de fosse visites et je veu des vrais visites,vou voyez et des gentils commentaires et c est 1 blog que je fais hyper bien le seul prob c les visites ki ogmente pa et c le 1 er blog ou ya de tou mrci de votre visite et dy mettre un commentaire
nico008 le 27/01/06 à 20h43 sur Mais où sont donc passés les voyageurs temporels ?
SALUT moi c'est C-H-O-U-P sa va ? Passe vite tout les coms sont rendu en quintuple donc 6 coms chez moi = 35 chez toi !!!
C-H-O-U-P le 01/03/08 à 9h10
SALUT moi c'est MADE-in-bg sa va ? Passe vite tout les coms sont rendu en quintuple donc 6 coms chez moi = 35 chez toi !!!
made-in-bg le 01/03/08 à 1h01 sur c mois nico
hey!
je vien defoi sur
tn blog il é vrement pas mal!
voila une astuce si tu veux
dé visiteurs dessus va sur
tu
va voir sa marche super bien!
a plus
privs le 19/02/07 à 21h27 sur au lave hache
luuuu! hey ton blog est
pas mal!
si tu veu encore plus de monde dessus je te
conseille:
www.DesVisiteurs.com
tu verra sa marche vraiment
super bien!a plus!
Jean-pierre le 26/03/07 à 16h54 sur l'oeuf qu'onque ombre
C'est le genre de trucs qui finit toujours par vous arriver un jour ou l'autre lorsque vous êtes sur une plateforme bloguesque a fortiori s'il s'agit, à l'instar de Vox, d'une plateforme dite "communautaire". Bref, j'ai été touché par un de ces machins qu'on se refile entre amis (majeurs et consentants, cela va de soi) comme la syphilis ou le sida. Je veux parler évidemment d'une chaîne bloguesque que vous ne pouvez pas ignorer si vous officiez sur Vox. En temps normal, je n'aurais pas remercié Miss Pompadour qui m'a refilé le virus et j'aurais pris soin de développer des défenses immunitaires me préservant de cette maladie contagieuse. Mais il se trouve qu'en cette fin de mois d'août, la rentrée approchant, je n'ai pas tellement le coeur à raconter des histoires drôles, ce qui explique indéniablement le fonctionnement au ralenti de ce blog. Bref, tout cela pour dire que je sacrifie moi aussi, pour des raisons purement éditoriales, à cette étrange épidémie qui semble avoir frappé l'immense majorité des voxeurs.
Je rappelle donc les règles du jeu au cas où quelqu'un les ignorerait encore :
1. Citer la personne qui vous a "taggué" : c'est fait (c'est mal de flatter ainsi nos bas instincts de délateurs)
2. Indiquer le règlement du jeu : je suis en train de le faire.
3. Choisir un livre et l'ouvrir à la page 123. Voilà.
4. Recopier à la cinquième ligne les cinq lignes suivantes. Bien, alors :
" 3 carottes
1 beau navet
2 oignons
4 pommes de terre moyennes
1 poireau"
5. Indiquer le titre du livre, le nom de l'auteur, de l'éditeur et l'année d'édition. Vous voulez pas non plus l'ISBN et savoir s'il a son autorisation de séjour sur le sol français ? Il s'agit des Meilleures recettes végétariennes du monde entier de Mireille Ballero, édition Albin Michel, 1978. Evidemment cette citation tirée de son contexte ne peut être appréciée à sa juste valeur, mais je vous assure que le livre est très bien.
6. Taguer quatre personnes et les prévenir sur leurs blogs. Bon. Comme j'imagine que ce genre de trucs, c'est comme la varicelle, ça ne s'attrape qu'une seule fois, je me permets de taguer des blogueurs qui ont déjà été atteints et leur fait savoir que je les tiens pour quittes d'une tâche qu'ils ont déjà accomplie. Je taguerai donc Miss Pompadour, Lzarama, Augusta et Popisdead, ça leur apprendra à faire partie de ma communauté!
Je n'aime pas beaucoup Béla Bartok, mais il est de bon ton
dans les milieux cultivés de dire que l'on apprécie ce
compositeur. Et s'il y a quelque chose que j'ai du mal à
supporter, c'est bien que l'on puisse penser que je manque de goût.
Aussi avais-je sacrifié à la pression de ce que je dois
bien reconnaître comme une forme de snobisme en achetant un
billet pour aller entendre au théâtre municipal le
deuxième concerto pour piano du dit Bartok. Je songeais que
c'était simplement un mauvais moment à passer afin de
me faire bien voir de la bonne société de la ville de
province où je réside.
Le soir du concert, je m'habillai de façon plus élégante que de coutume et me rendis à pieds jusqu'au théâtre municipal, la compagnie de fiacres que j'utilisais habituellement en pareille occasion s'étant mise en grève.
Au moment d'entrer dans la salle, une ouvreuse m'aborda avec un grand sourire.
- Avez-vous la partition, monsieur ?
Je la regardai d'un air étonné et pris la brochure qu'elle me tendait. C'était bien la première fois que je voyais la partition de l'oeuvre distribuée gratuitement aux spectateurs lors d'un concert. Je trouvai ma place et m'assis. Autour de moi, les autres spectateurs attendaient avec le plus grand sérieux et curieusement on n'entendait pas ce brouhaha habituel des salles de spectacle avant la représentation.
Quelques temps plus tard, les musiciens de l'orchestre faisaient leur entrée dans la fosse, puis le premier violon, le chef et enfin la pianiste. Curieusement leur entrée ne provoqua aucun applaudissement comme lors des concerts symphoniques auxquels il m'avait été donné d'assister auparavant. Bientôt chacun des musiciens se mit à jouer de son côté ou à accorder son instrument, on ne savait pas trop tant le brouhaha produit était indescriptible.
Puis la lumière qui éclairait la fosse d'orchestre
s'éteignit et les musiciens cessèrent de jouer. C'est
alors que les spectateurs qui se trouvaient autour de moi se mirent à
applaudir. Je ne pus m'empêcher d'interpeller mon voisin tant
la situation me paraissait absurde.
- Mais pourquoi applaudissez-vous maintenant, le premier mouvement n'a même pas été commencé ?
- Chut!!! Vous me déconcentrez. fut la seule réponse que j'obtins.
De guerre lasse, comme la foule des spectateurs continuait à applaudir, complètement à contre temps me semblait-il, je me joignis à eux et tapai dans mes mains. Mon voisin me foudroya du regard.
- Mais vous faites n'importe quoi! Vous jouez la partie des violons alors que vous êtes placé dans la section des cuivres! Et en plus vous jouez faux et à contre-temps!
C'est alors que je me rendis compte de ce qui était en train de se passer. Tendant l'oreille, je crus en effet reconnaître une ligne mélodique se dégageant des applaudissements des spectateurs qui m'entouraient. Cette mélodie sans m'être familière ressemblait beaucoup à du Béla Bartok. Les spectateurs étaient en train de jouer le fameux concerto que j'étais venu entendre! Et je constatai en effet qu'ils avaient tous ouvert le livret que leur avait remis l'ouvreuse à l'entrée et sur lequel figurait la partition de l'oeuvre. Frénétiquement, j'ouvris moi aussi ce livret. Malheureusement, les cours de musique du collège étaient bien lointains dans mon esprit et je fus incapable de déchiffrer les portées qui s'offraient à mon regard, ignorant complètement à quel endroit de la partition la salle en était présentement. Je crois que c'est à ce moment-là que je maudis mon obstination à n'avoir voulu, enfant, jouer d'autre instrument que de l'hélicon, instrument que le conservatoire de la ville de banlieue où j'avais passé ma jeunesse ne proposait pas à ses élèves. La conclusion s'imposait d'elle-même : mes connaissances en solfège étaient nettement insuffisantes pour pouvoir espérer me tirer honorablement de la situation où mon incurie m'avait mis. Je tentai bien de donner le change en faisant semblant de taper dans mes mains, mais les regards noirs que me lançaient les autres spectateurs me firent bien comprendre qu'ils n'étaient pas dupes et que mon incompétence était visible aux yeux de tous.
Les trois mouvements du concerto me furent un véritable supplice et c'est avec soulagement que je vis le concert se terminer, les musiciens se remettre à jouer de leur instrument de façon désordonnée et l'éclairage de la fosse d'orchestre se rallumer. Je m'éclipsai le plus discrètement que je pus sous les murmures de désapprobation de la salle. Cela ne m'empêcha d'entendre ce commentaire assassin d'un musicien dans le hall. « Très bien ce concert, mais ils auraient pu choisir une deuxième trompette à la hauteur. Un tel degré d'incompétence, c'est scandaleux! »
C'est à ce moment-là je crois que je me réveillai. La salle applaudissait à tout rompre et le chef d'orchestre s'inclinait en montrant les musiciens d'un geste ample de la main. Puis la lumière se ralluma dans la salle et les spectateurs se levèrent pour se diriger vers la sortie. C'est à ce moment que j'entendis distinctement le commentaire que mon voisin faisait à l'intention d'une personne qui devait être son épouse. « Très bien ce concert! Dommage que l'individu qui était assis à côté de moi ait passé son temps à ronfler avec un bruit de trompette désaccordée. »
Je n'ai jamais eu de chance avec les femmes. Je suis encore jeune, plutôt pas mal fait de ma personne, et, au dire de mes amis, intelligent et drôle. Pourtant, aucune des relations que j'ai pu avoir avec une personne du sexe féminin n'a duré plus que quelques jours, la plupart du temps pas même une semaine. Il doit bien y avoir un problème pour qu'à chaque fois je tombe sur des détraquées hystériques. Au début je pensais que c'était dû à un manque de chance, mais j'ai de plus en plus l'impression que cela vient de moi. À chaque fois, je suis attiré par des folles. Pourtant à première vue, elles paraissent saines d'esprit. Je dois avoir un sixième sens pour les détecter. Il faudrait vraiment que je consulte un psychiatre ou une psychanalyste.
Ça a commencé avec Julie. Nous nous étions rencontrés dans un jardin public. Elle s'était assise à côté de moi, sur un banc situé en face d'un toboggan et d'un tourniquet où s'amusaient de charmants bambins dodus sous l'oeil complaisant de leurs mères. Nous avons très vite sympathisé. Tout comme moi, elle adorait les enfants. Séduit, je décidai de l'inviter à déjeuner chez moi le dimanche suivant.
Le dimanche venu, je passais plusieurs heures à lui préparer son plat favori. Sans me vanter, lorsque je m'en donne la peine je suis un assez bon cuistot. Sur le coup de midi trente, elle sonnait à ma porte, une bouteille de Bordeaux à la main.
C'est vrai que j'aurais dû faire attention. Mais bon, c'était l'été, il faisait chaud, je n'ai pas vu le moucheron s'introduire dans la marmite. Julie, elle, en revanche a dû le voir tout de suite si j'en juge par le cri d'horreur qu'elle poussa lorsque j'apportai le plat que j'avais amoureusement préparé. Elle reprit précipitamment ses affaires et je ne la revis plus jamais. J'en fus réduit à manger seul ce que j'avais préparé pour deux. Si ce n'est pas malheureux! Un nourrisson de six mois à peine, à la chair tendre et savoureuse que j'avais habilement subtilisé à ses parents!
Après il y a eu Catherine. Une fille tout ce qu'il y a de correct que j'avais rencontrée à la bibliothèque au rayon sciences naturelles. Elle faisait des études de biologie, elle s'intéressait à la diététique. Nous avons longtemps discuté, puis je l'ai invité à prendre un café. Nous nous sommes revus et un soir, après avoir dîné au restaurant ensemble, elle m'a raccompagné à ma porte. Bien entendu, je l'ai invitée à prendre un dernier verre. Ensuite nous avons fait l'amour. Sur le coup de trois heures du matin, elle s'est levée, elle avait faim, me disait-elle. Je lui ai répondu qu'elle n'avait qu'à se servir dans le frigo.
Je ne sais pas ce qui lui a pris, mais j'ai entendu un hurlement atroce. Je me suis levé pour voir ce qui se passait. La porte du frigo était ouverte et Catherine était devant. Lorsqu'elle s'aperçut de ma présence, elle me regarda avec des yeux de folle et hurla qu'il ne fallait pas que je la touche. Puis retournant dans la chambre elle ramassa ses affaires sans même prendre la peine de se rhabiller complètement et claqua la porte en partant. Son comportement était probablement dû à l'odeur qui émanait du frigo. Je n'aurais pas cru que cela puisse la déranger à ce point. Lors du repas que nous avions partagé au restaurant elle avait pourtant pris du livarot. C'est de ma faute aussi. J'aurais dû mettre cette tête au frais tout de suite. Je sais pourtant que les corps de personnes âgées se décomposent assez rapidement et dégagent une odeur que certains jugeront pestilentielle. Trois jours avant de la mettre au réfrigérateur, c'était beaucoup trop.
Après il y a eu Anne-Charlotte. Une fille particulièrement distinguée que j'avais rencontrée lors d'une exposition d'art contemporain représentant des corps d'écorchés moulés dans la cire. Nous avons fait connaissance et je crois que je lui ai plu. Nous nous sommes donnés rendez-vous dans le salon de thé d'un quartier chic. Tout s'est bien passé, jusqu'au moment où nous avons dû nous quitter. Impressionné par l'élégance et la classe d'Anne-Charlotte, j'ai eu l'idée stupide de vouloir lui faire le baise-main. Évidemment je n'ai pas dû m'y prendre comme il fallait. Il paraît qu'il faut se pencher de façon à atteindre la main et non ramener la main vers soi. Il n'empêche que je n'aurais jamais cru une jeune femme si raffinée capable de pousser de tels cris de sauvage pour un motif aussi futile. J'ai recraché son auriculaire après son départ précipité. Trop osseux, pas assez charnu. De toute façon, il ne lui était qu'une source de gêne si j'en juge par la manière dont elle le maintenait levé lorsqu'elle buvait sa tasse de thé.
Depuis quelques temps, je sors avec Nadège. C'est une femme divorcée qui a une petite fille de deux ans. Aujourd'hui, voyant qu'elle pouvait avoir confiance en moi, elle me l'a confiée pour que je m'en occupe et m'a dit qu'elle reviendrait à l'heure du dîner. J'avoue que je ne sais pas quoi faire, j'ai peur de la mécontenter comme les autres. Elle ne m'a rien dit quant à ses préférences culinaires et j'ignore si elle préfère que je lui prépare sa fille avec une béchamel, une sauce au poivre ou au bain-marie...
Le Concombre est un être asocial. il n'aime pas les grands rassemblements de gens qui ne se connaissent pas autour d'un projet ou d'un intérêt soi-disant commun. Il se souvient que Léo Ferré disait "la pensée mise en commun devient une pensée commune". Mais on lui a dit qu'il fallait qu'il cesse de jouer le misanthrope et qu'il rencontre des gens au lieu de rester terré dans son blog comme un bernard l'hermite. Dont acte. Le Concombre s'est donc résolu à s'inscrire sur des groupes de la plateforme vox. Comme il ne savait pas quoi choisir, il a préféré s'inscrire à des groupes dont le nom était graphiquement plus joli que les autres. Mais comme il ne connaît pas l'alphabet utilisé pour les titres en question, il est incapable de préciser quel est le thème de ces groupes. De toutes façons, il s'en fout, c'est juste histoire de ne pas être tout seul.
Sinon il a aussi créé un groupe dédié à la promotion de la choucroute armoricaine. Pour l'instant, il en est le seul participant. Si ce sujet vous intéresse, n'hésitez pas à vous inscrire. Et même si vous n'aimez pas la choucroute armoricaine, vous pouvez malgré tout vous inscrire, vous aiderez le Concombre à se sentir moins seul...
L'auteur de ces lignes tient à préciser que les lieux et les personnes évoqués ci-dessous sont fictifs. Il est possible que les faits le soient aussi, mais il n'y a pas de certitude à cet égard. La mémoire du Concombre laissant fortement à désirer ces derniers temps il n'est pas inenvisageable que les événements relatés se soient réellement produits mais qu'il n'en ait gardé aucun souvenir.
Vous l'ignorez peut-être, mais il se trouve que le Concombre, ci devant auteur de ce blog est professeur de lettres en collège. Mais pas n'importe quel professeur. Il est TZR, c'est-à-dire que bien qu'ayant un statut de fonctionnaire, il passe son temps à effectuer des remplacements ici et là. Il arrive que les remplacements ne soient pas des services complets. Il arrive alors qu'on lui demande d'effectuer un quart de service à un endroit, un autre quart à soixante kilomètres de là et la moitié restante encore ailleurs de façon à ce que son secteur d'activité forme un triangle se rapprochant le plus possible de l'équilatéralité. Bref, il en est venu à passer presque autant de temps sur les routes que devant ses élèves et on se demande comment il trouve le temps de préparer ses cours, de corriger ses copies et d'écrire des inepties sur son blog (la solution est simple : le Concombre dort très peu et il n'a pas ou presque pas de vie sociale, c'est normal, c'est un légume).
Voilà pour le préambule. À partir de maintenant, le Concombre utilisera la première personne pour parler de lui-même parce que la troisième personne ça me fatigue.
Lundi matin, je me lève, me lave, m'habille et comme d'habitude je prends ma voiture pour me rendre à l'établissement où j'exerce ma profession (je vous ai dit que j'étais professeur de français ?) Le lundi matin j'ai cours avec la classe de 3ème B du collège de Saint Troufignolles les Alouettes. Au bout d'une heure de route, j'arrive au collège. Je me gare sur le parking, sors de ma voiture et rentre dans l'établissement par l'entrée de service. « Tiens, me dis-je en parcourant le couloir du bâtiment administratif, ils ont changé l'emplacement du bureau de la gestionnaire durant le week-end ? » Pourquoi pas après tout, c'est le printemps, il faut bien changer un peu. « Ca alors! Pourquoi ont-ils mis la photocopieuse dans le bureau du principal ? Et le bureau du principal là où se trouvaient les toilettes ? Tiens il y a un principal adjoint, maintenant. Comme quoi les suppressions de postes dans l'éducation nationale, c'est pas pour tout le monde. » évidemment, il avait fallu rajouter un bureau pour le secrétariat. Je trouvais tout de même que cela faisait beaucoup de changements en un week-end, d'autant plus que cette restructuration du bâtiment administratif n'avait absolument pas été annoncée. Je constatais également qu'on m'avait changé mon code de photocopieuse. J'allais frapper à la porte de l'intendance et me retrouvai face à une femme dont le visage, familier, m'était inconnu. « Tiens, ils ont aussi changé l'intendante. »
C'est le coeur troublé par tous ces changements que je me rendis dans la salle où je devais faire cours. Je fus bien incapable de la retrouver. En plus de bouleverser la disposition du bâtiment administratif, on avait profité de mon absence dominicale pour changer le numéro des salles de cours. La salle 14 avait tout simplement disparu, remplacée par une salle 104 qu'une autre classe que la mienne occupait. Quant aux élèves, impossible de les retrouver. « Les fripouilles! Ils ont dû profiter de ce bouleversement de locaux pour sécher mon cours! Mais ça ne se passera pas comme ça! » Je descendis illico à la vie scolaire m'enquérir des 3ème B qui avaient disparu aussi mystérieusement de la circulation. Je tombai (métaphoriquement parlant) sur une jeune fille dont le visage pourtant familier ne me disait rien. « Tiens ? Jean-François, Rachida et Anaïs ne sont pas là ? » La fille me regarda avec de grands yeux étonnés, comme si je lui avais parlé chinois. « ça doit être une nouvelle, elle ne connaît pas encore le nom des autres surveillants. » me dis-je en mon for intérieur avant d'aborder le but de ma visite : « Je ne comprends pas, j'avais cours avec les 3ème B et ils ne sont nulle part. Il n'y avait pourtant pas de sortie de prévue, aujourd'hui ? » Nouveau regard interloqué de mon interlocutrice. « Les 3ème B ? Vous voulez parler des 3ème 2 sans doute ? Mais vous êtes sûr qu'ils avaient cours avec vous ? Normalement, ils sont en permanence à cette heure-là. » « évidemment, si on change le nom de la classe sans m'avertir, comment veut-on que je m'y retrouve ? » et me voilà parti en salle de permanence à la recherche des 3ème B.
Tout ce cirque commençait sérieusement à m'énerver. Les élèves prirent un air surpris lorsque je leur affirmai qu'ils avaient cours avec moi, mais devant ma mauvaise humeur évidente n'osèrent trop rien dire. Le temps de trouver une salle de libre, nous perdîmes bien cinq minutes encore. Enfin, les élèves étaient dans la même salle que moi et le cours allait pouvoir commencer. Je sortis la liste des élèves que je garde toujours dans mes affaires – car s'il faut compter sur l'élève responsable du cahier de textes, on en a toujours pour vingt minutes avant qu'il ne se souvienne s'il l'a perdu en salle de techno, en permanence, à la cantine ou lors du voyage en Espagne – et commençai l'appel : « Mélanie Aufray, Mélissa Cissa-Tinteresse, Kevin Icole, Ahmed Imwatu... » Je continuai ma litanie sans que personne ne réponde. Les élèves me regardaient avec un air complétement ahuri. Visiblement, tous les élèves de 3ème B avaient décidé de sécher mon cours. Ce que je m'expliquais mal en revanche, c'était la présence de tous ces élèves que je ne connaissais pas. « ça fait beaucoup de nouveaux en l'espace d'une semaine! » Mais il en fallait plus que cela pour m'abattre! Ce cours aurait lieu, quoiqu'il arrive! « Bien! Sortez vos classeurs! On continue le cours sur l'autobiographie, on va corriger les exercices que vous aviez à faire pour aujourd'hui! » Les élèves se regardèrent avec un air désemparé, l'un d'eux finit par lever la main pour dire : « Mais Monsieur. Madame Truc ne nous a pas donné d'exercices à faire.
- Pourquoi me parlez-vous de Madame Truc ? Qui est Madame Truc ?
- Ben, notre professeur de français...
- Quoi ? Arrêtez de me raconter n'importe quoi! C'est vraiment la pire excuse que j'ai jamais entendue pour justifier que vous n'avez pas fait votre travail! Vous me copierez cent fois : « je ne dois pas inventer des personnes qui n'existent pas pour ne pas faire mes devoirs! »
C'est à ce moment-là, je crois que l'on frappa à la porte.
Un homme en cravate que je ne connaissais pas mais dont le visage m'était pourtant familier entra dans la salle.
« Qui êtes-vous, Monsieur ?
- Comment ça, qui je suis ? Mais je suis Monsieur Bidule!
Devant mon silence suspicieux, l'homme ajouta : « Monsieur Bidule! Le principal de ce collège!
- Ah! Ça alors! Ils ont aussi changé le principal.
- Monsieur le Concombre, je ne comprends rien à ce que vous dites, mais vous êtes attendu au collège de
Saint-Troufignolles les Alouettes. Ils vous ont cherché partout, ils ont même appelé la police pour savoir si vous aviez eu un accident.
À ce moment précis, les choses m'apparurent clairement. Je sus pourquoi le visage de l'intendante, de la surveillante, du principal m'étaient familiers. Sur le trajet qui me menait au collège de Saint-Troufignolles les Alouettes, j'avais bifurqué au mauvais endroit, empruntant la route qui conduisait à Bonpié-Bonneuil où j'avais cours avec la classe de 6ème 3 le lundi après-midi. Quant à la classe que j'avais devant les yeux, c'était la 3ème 2, la classe de Madame Truc, une collègue estimable dont j'avais oublié le nom, schizophrénie de ma vie actuelle oblige...