La auto no è mobile
Il y a un an de
cela, je songeais à me séparer de la fidèle
automobile qui accompagna mes débuts professionnels. Je
découvris à cette occasion que celle que je croyais
insensible était en réalité douée de
sentiments pour le moins exacerbés. J'avais relaté
cette passion étrange pour mes fidèles lecteurs dans
une note que l'on pourra toujours relire ici.
Depuis -
l'avouerais-je sans un sentiment de honte et de culpabilité ?
- je me suis séparé de ma fidèle petite automobile, je l'ai ignominieusement revendue à un petit jeune
de mon quartier pour quelques centaines d'euros. Il m'arrive parfois
de la croiser dans la rue, garée le long du trottoir. Lorsque
je passe près d'elle, je détourne le regard, je fais
semblant de ne pas la voir.
Dernièrement
pourtant, je ne pus me soustraire à ses reproches.
« Alors, tu es content Concombre ? Si tu crois que je ne te vois pas, si tu crois que cela ne me fend pas la pompe à injections de te voir passer au volant de ta pouffiasse ? Tu peux me dire ce qu'elle a de plus que moi ? Comme par hasard tu as choisi la même que moi, même marque, même modèle, même couleur. Evidemment, elle a dix ans de moins, son moteur n'est pas encrassé comme le mien et j'imagine qu'elle n'est pas aussi poussive que moi dans les montées. Il n'empêche, ce choix que tu as fait est révélateur : tu es toujours amoureux de moi, je suis certaine que j'obsède tes nuits comme tu obsèdes les miennes. Oh si tu pouvais savoir combien je souffre depuis que tu m'as quittée! Le petit jeune à qui tu m'as confiée est très gentil, ce n'est pas le problème. Il s'occupe de moi avec attention, il me lave, il me bichonne. Mais il est... comment dire... novice... Si tu crois que ça m'amuse d'avoir un A collé sur ma lunette arrière pour bien signifier que celui qui me conduit est un bleu. Bien sûr il s'applique, mais ses gestes sont maladroits et je ne peux pas m'empêcher de faire des comparaisons, sa façon de manier mon lever de vitesse ou de tenir mon volant, par exemple, sont des plus gauches comparées aux tiennes. Évidemment je ne le lui ai jamais dit, je ne veux pas lui faire de peine. Et puis sa façon de m'examiner sous toutes les soudures dans les premiers temps comme s'il me soupçonnait d'être atteinte d'une maladie honteuse, c'était légèrement vexant... Alors qu'avec toi... dès que je t'aperçois j'ai l'essence qui palpite dans les tuyaux... Je vois bien que tu en pinces encore pour moi. Toi et moi, c'est à la vie à la mort! Il n'est pas encore trop tard Concombre! Sur un seul mot, sur un seul geste de toi, j'abandonnerai mon propriétaire actuel et je t'emmènerai au bout du monde!
- Voyons, tu sais bien que ce n'est pas possible, tu ne m'appartiens plus et puis de toute façon... j'ai une autre automobile maintenant.
- Qu'importe! Je veux que tu me prennes de force, là sur le trottoir. Partons tous les deux, loin d'ici. Personne ne nous retrouvera, nous vivrons heureux sur les routes sans rien demander à personne...
- Ma pauvre amie, tu
es complètement folle! Il faut que je mange, il faut que tu
consommes de l'essence, et pour ça il faut de l'argent, on ne peut pas partir comme ça en
plaquant tout... »
Je laissais mon ex-automobile à ses élucubrations délirantes, songeant que j'avais décidément bien fait de me séparer d'elle...
Comments
Personnification quand tu nous tiens...