Marie Ndiaye, lauréate du prix Goncourt, aurait déclaré dans un entretien accordé au magazine les Inrockuptibles que la France (de Nicolas Sarkozy) était « monstrueuse ». Heureusement, Eric Raoult, député bien connu pour ses prises de position pleines de bon sens, lui a aussitôt répondu qu’en tant que lauréate du prixGoncourt elle n’avait qu’à fermer sa gueule.
C’est vrai quoi, si elle n’est pas contente Marie Ndiaye, elle n’a qu’à retourner dans son pays !
Hein ? Quoi ? On me dit qu’étant née en France, elle est française ? Et que justement, elle a quitté la France pour aller vivre en Allemagne ?
Justement. Je trouve ça un peu facile de critiquer la France alors qu’on est parti à l’étranger. Pour tout dire il y en a marre de tous ces écrivains qui se permettent de cracher sur leur pays alors qu’ils l’ont quitté. Et ça vient nous donner des leçons ! Et ça se drape dans des postures héroïques de rebelles contre l’ordre établi ! Descartes en Hollande, Voltaire en Angleterre, Victor Hugo à Jersey et Guernesey, et maintenant Marie Ndiaye à Berlin. Tous ces gens-là ne méritent pas d’être français et si j’étais Eric Besson, je les décherrais d’une nationalité française qu’ils déshonorent par leurs écrits et leur comportement.
D’abord qui est-elle, Marie Ndiaye, pour se permettre de tels propos ?
D’abord c’est une femme. Par conséquent, plutôt que d’avoir des opinions politiques, elle ferait bien de s’occuper du ménage, de la cuisine et de faire des enfants. Qu’on lui laisse écrire des livres, passe encore, il faut bien que la femme au foyer s’occupe et tout le monde n’est pas doué pour la broderie, mais faudrait voir à pas abuser en réclamant la liberté d’opinion et d’expression. Les femmes devraient déjà s’estimer heureuses qu’on leur ait accordé le droit de vote ! Vous allez voir que si on les laisse faire, elles prétendront bientôt être les égales des hommes !
Ensuite c’est une noire. Doit-on rappeler à Marie Ndiaye ce qu’elle doit à la générosité des hommes blancs qui ont eu la gentillesse d’abolir l’esclavage ? Alors que tout le monde sait bien que les noirs sont de grands enfants qui ont besoin qu’on leur dise ce qu’il faut faire sans quoi ils sont perdus. Regardez comment ça se passe en Afrique. Pour tout dire, on a été trop complaisants. Si cela ne tenait qu’à moi, il y a longtemps que l’esclavage et la colonisation seraient rétablis. Alors vous comprenez bien que lorsque ces gens-là réclament la liberté de parole, on est en droit de penser qu’ils poussent le bouchon un peu loin. Qu’on permette aux nègres d'écrire des livres, rien de plus naturel, mais de là à les laisser raconter n’importe quoi…
Enfin, elle est beauceronne par sa mère et là franchement, c’est un peu abuser que de se permettre de dire ce qu’on pense lorsqu’on vient de ce pays. Parce qu’il faut bien avouer que c’est par charité que la République a accordé la citoyenneté française aux paysans beaucerons. Sans la magnanimité de la mère patrie, ces gens-là seraient encore à subir leur condition de serfs attachés à vie à la terre où ils sont nés. Donc c’est bien grâce à la France que Marie Ndiaye a pu partir à Berlin. Par conséquent, il serait bon qu’elle reste à la place qui lui incombe et qu’elle fasse preuve de davantage de décence et de modestie !
Parmi les obligations qui incombent aux professeurs de français, il y a celle de lire un certain nombre de pseudo-auteurs tels que Marc Lévy ou Paulo Coelho. Je dois cependant avouer que Marc Lévy et Paulo Coelho sont des gens qui font rêver le modeste petit prof que je suis. Réussir à vendre des millions de livres, ce n'est pas rien. Aussi décidai-je, Noël approchant, d’écrire moi aussi un livre de Paulo Coelho histoire de renflouer un peu mon compte en banque. Autant vous dire que je n'allai jamais au-delà du premier chapitre. Et je dois bien reconnaître que Paulo Coelho a bien du mérite! Ecrire un de ses livres est une tâche particulièrement emmerdante et sacrément ingrate. Presqu'autant que d'en lire un, c'est vous dire. Mais comme je ne voudrais tout de même pas être le seul à m'être emmerdé, je vous livre tel quel le résultat de ma tentative avortée.
On
me demande souvent comment j'ai publié mon premier livre. Je dois avouer que
c'est un peu par hasard. En tout cas je n'avais certainement pas planifié de
devenir un auteur à succès.. A l'époque, je m'ennuyais beaucoup, et m'ennuyant
beaucoup, je n'avais rien trouvé de mieux à faire que d'écrire tout ce qui me
passait par la tête sur des petits carnets. Un jour que j'avais invité un ami à
manger, incidemment, je lui parlai de ces petits carnets.
Intrigué, il me demande s'il peut en lire un. L'idée me répugne un peu, je lui dis que ces petits carnets ne contiennent rien d'intéressant, mais il insiste tellement que je finis par accéder à sa demande. Il lit le carnet sans s'interrompre, me dit qu'il aime beaucoup, me demande à voir les autres. Je cherche dans mes affaires, trouve quelques autres carnets que j'avais remplis de la même façon, il les prend et me dit qu'il doit les lire chez lui, à tête reposée.
Quelques
jours plus tard, il me rappelle, dans un état d'excitation inhabituel, il me
dit que ce que je lui ai prêté est absolument génial, qu'il tient à le publier.
Or, il se trouve que cet ami est précisément le patron d'une importante maison
d'édition. Je lui dis qu'il peut publier mes carnets s'il le désire mais qu'il
doit se tromper sur leur valeur littéraire, qu'il ne réussira jamais à en faire
un succès de librairie. Il n'entend que la première partie de la réponse et se
lance aussitôt dans une entreprise éditoriale dont il pressent – à ce qu'il
dit- qu'elle pourrait bien être le coup du siècle. Pour tout dire son
enthousiasme me laisse sceptique et j'oublierais bientôt toute cette histoire
si la publication de ce que je dois bien considérer comme mon livre ne se
révélait pas être un énorme succès. Les critiques littéraires qui n'y
comprennent rien en disent le plus grand bien dans le seul but de passer pour
des gens subtils, puis l'engouement gagne peu à peu le public. Je n'en reviens
pas qu'un texte à ce point incompréhensible puisse connaître un tel succès
planétaire. Entre temps les critiques littéraires vexés d'être noyés dans la
masse de mes admirateurs se sont mis à dire du mal de moi pour ne pas faire
comme tout le monde.
A la réflexion je finis par comprendre ce qui fait le succès de mon livre. Comme ce que je dis ne veut rien dire, n'importe qui peut y comprendre ce qu'il a envie d'y voir. Je suis toujours étonné de constater à quel point les interprétations de mes lecteurs sur mon oeuvre peuvent diverger. On me prête des intentions que je n'ai jamais eues, un message que je n'ai jamais cherché à transmettre. Dans ces cas-là je réponds en hochant la tête d'un air de profonde réflexion : « je n'y avais pas pensé mais vous avez sans doute raison. »
Avec
le temps, j'ai appris ce que cela signifiait d'être un écrivain célèbre. Parmi
les obligations de l'écrivain célèbre, il y a celle de se rendre aux réceptions
mondaines. Ce n'est pas forcément ce qui me plaît le plus, mais cela fait
partie des obligations du métier. Après tout, même l'éboueur qui fait un métier
exaltant qui le remplit de la plus grande satisfaction possible est obligé de mettre
un uniforme qui ne correspond peut-être pas à ce qu'il est réellement.
Ce soir-là, j'étais donc convié à une réception mondaine. Sur le chemin, je rencontrai un clochard qui me demanda si j'avais un euro pour lui. Malheureusement, je n'avais que des pièces marocaines sur lesquelles figurait la représentation du roi de ce pays.
A
la réception, je discutais avec un sportif assez renommé dont j'avais oublié le
nom qui me dit d'un air mystérieux : « je sais pourquoi vous êtes
ici... » J'étais mal à l'aise, pourquoi me disait-il cela ? avait-il
appris que j'avais couché avec sa femme ? « oui, je le sais parce que j'ai
lu vos livres, je comprends bien pourquoi vous vous intéressez à la cause des
pandas du Groenland... » J'étais soulagé et en même temps embarrassé : je
n'avais jamais parlé des pandas du Groenland dans aucun de mes livres, mais il
fallait que je fasse comme s'il était évident que tous mes livres n'avaient
jamais parlé d'autre chose.
Plus tard, lors du dîner, j'essayai de suivre la conversation de mes voisins de table, mais je ne pouvais m'empêcher de repenser au clochard qui avait croisé ma route. Il était question de l'impact du réchauffement climatique sur l'écosystème du panda arctique. Naturellement, ma voisine, une femme d'affaires serbo-croate dotée d'une plantureuse poitrine, me demanda mon avis sur la question. J'aurais dû lui répondre que comme tous autour de cette table la disparition annoncée du panda arctique m'attristait profondément mais que nous étions tous plus ou moins responsables de cet état de fait. Pourtant la rencontre que j'avais faite m'avait tellement troublé que je répondis d'une façon inattendue. « Laissez-moi vous raconter une histoire. Tout à l'heure, j'ai rencontré un clochard qui m'a demandé un euro. Je n'ai pas pu lui donner ce qu'il demandait parce que je n'avais sur moi que des dinars marocains. »
Je m'interrompis un instant, constatant que tout le monde m'écoutait attentivement, se demandant où je voulais en venir, ce qui, je dois le dire, ne m'arrangeait pas étant donné que je ne savais pas du tout ce que j'allais dire ensuite. Alors je fis ce que j'avais l'habitude de faire avec mes livres : j'improvisai. « Saviez-vous quel était le nom de la monnaie en France sous l'ancien régime ? »Tout le monde me regarda d'un air interrogatif. « C'était le Louis! Et vous savez pourquoi la monnaie avait ce nom ? Non ? Parce que c'était le nom du roi régnant. Les gens acceptaient d'être payés avec une monnaie qui portait le nom de leur roi et qui était à son effigie. Parce qu'ils avaient confiance en lui. C'est un peu comme si, pour payer mes courses, je donnais à la caissière une photo de ma petite amie à laquelle j'aurais donné son nom. Simplement parce que je lui fais confiance. » C'est ce moment-là que choisit un célèbre violoniste jamaïquain pour m'interrompre. « Vous avez tort de lui faire confiance, j'ai couché avec elle pas plus tard qu'avant-hier. » Cette dernière réplique fit rire toute la table et l'on se désintéressa de mon histoire pour écouter le récit d'une artiste taïwanaise qui avait mangé du renard lors d'une cérémonie rituelle mongole.
Dans la série, nos dirigeants se comportent comme des gamins jouant à celui qui pisse le plus loin ou à "c'est celui qui le dit qui y est", vous avez probablement eu vent de la polémique entre Nicolas Sarkozy, actuel président d'un pays qui pourrait être le vôtre et Mahmoud Ahmadinejad, ci-devant président de la République islamique d'Iran. Le dernier ayant répondu au premier, qui avait déclaré il y a quelques temps de cela que le peuple iranien méritait mieux que ses dirigeants, que bisque bisque rage "le peuple français mérite mieux que ses dirigeants actuels".
En attendant la réponse de Nicolas à Mahmoud ce soir dans la cour de récré à la télévision, qui nous apprendra sans doute que Mahmoud en a une petite ou que "Iranien" est l'anagramme de "y n'a rien", je me propose de mettre d'accord les deux belligérants en déclarant, qu'à mon humble avis et dans le souci de conciliation qui me caractérise, ils ont raison tous les deux.
Cela fait partie des attributions des professeurs : il faut prévenir nos élèves que se droguer c'est mal, certes pas autant que d'écouter les chansons de Jennifer en boucle sur son i-pod, mais presque. Parfois nous sommes aidés dans cette tâche d'information et de prévention par de zélés auxiliaires qui n'hésitent pas à payer de leur personne pour faire passer aux jeunes l'envie de se droguer (mais certes pas d'écouter du Booba, ce qui est bien regrettable). Parfois, c'est débrouillez-vous avec les moyens du bord ("vous êtes prof de français ? Vous n'avez qu'à leur faire étudier l'Herbe bleue ou Moi Christiane F, 13 ans, prostituée droguée).
Pour m'acquitter de cette tâche, je vous propose donc un spot de prévention que j'ai moi-même réalisé avec les moyens du bord (que voulez-vous dans l'Education Nationale, on n'est pas très riche). Comme ça ce sera fait et on pourra enfin passer à des choses sérieuses...
Je dois l'avouer au
risque de me faire mal voir de l'intelligentsia de la ville de
province où je réside (cela dit, depuis qu'ils ont appris
sur mon blog que je n'aime pas trop Béla Bartok, je ne risque
plus grand chose), mais je n'apprécie pas excessivement la
peinture en général et la peinture contemporaine en
particulier. Ce n'est certainement pas moi qui irais mettre des
sommes folles pour acheter un pot de peinture dispersé sur une
toile avec une plus ou moins grande élégance. Ce n'est
certainement pas moi que l'on verrait dans les galeries un verre de
champagne à la main discourant de façon savante sur la
subtilité de réalisation de tel nouvel artiste, valeur
montante incontestable du marché de l'art.
Aussi le lecteur de
ce blog s'étonnera-t-il peut-être que je lui parle d'une
jeune artiste berlinoise dont l'oeuvre a su me séduire et que
l'on a coutume d'appeler là-bas par son seul prénom,
Julia. Je fis sa rencontre dans des circonstances particulières
qu'il faut sans doute préciser si l'on veut bien comprendre la
part sentimentale et purement personnelle qui s'attache dans mon
esprit à son oeuvre.
Il se trouve que
l'été dernier, j'étais à Berlin pour des
raisons dans le détail desquelles je n'entrerai pas (disons
pour satisfaire l'insatiable curiosité de mes éventuels
lecteurs assidus qu'à l'instar de Marlène Dietrich,
j'ai toujours une valise à Berlin). J'avais été
invité chez la mère de l'artiste par une amie commune.
La mère, une dame charmante, nous avait accueillis à
bras ouverts dans son appartement situé au rez-de-chaussée
d'un ancien immeuble ouvrier donnant sur un jardin intérieur.
Nous avions pris le thé sur la terrasse et discuté de
ses chats. Nous n'avions fait qu'entrapercevoir Julia qui nous avait
gratifié d'un bref salut lorsque nous étions entrés,
pourtant sa présence planait sur ce lieu. Il faut en effet
préciser que malgré la renommée dont elle
commence à jouir dans le milieu artistique berlinois, Julia
vit toujours chez sa mère. « Il faut l'excuser,
elle est un peu sauvage, c'est son tempérament d'artiste, je
suppose. » nous confia sa mère avant de nous
montrer l'installation que Julia était en train d'élaborer
dans le jardin de l'immeuble – car dans sa conception, l'art ne
devait certainement pas se restreindre aux lieux prévus pour
cela mais imprégner la vie quotidienne de chacun – et
qu'elle avait baptisé « Salat für Schninke ».
La soirée était déjà bien avancée
lorsque nous décidâmes, mon amie et moi, d'abandonner
notre hôtesse. Alors que nous étions sur le pas de la
porte à nous dire au-revoir, Julia sortit de sa chambre
qu'elle avait transformé en atelier et me fixant droit dans
les yeux avec une intensité troublante, me tendit un rouleau
de papier en me disant : « das ist für dich. »
(« c'est pour toi. ») Troublé, je ne sus
que répondre et ce n'est que plus tard que j'osais dérouler
le précieux rouleau : il s'agissait de deux oeuvres originales
de Julia dont elle m'avait fait cadeau et dont je vous offre la
reproduction en lien ici et là.
Certes, on pourra peut-être dire que l'oeuvre de cette jeune artiste manque un peu de maturité. Mais pour une artiste de trois ans et demi, c'est tout de même très bien!
Il me faut rassurer
mes fidèles lecteurs (s'il en reste quelques-uns). J'ai enfin
repris le contrôle de moi-même (voir les notes through the looking glass pour ceux qui auraient raté les épisodes du feuilleton) .Vous expliquer comment à
la faveur de la métempsychose (sic) d'un moine du monastère
de Tengboche dans l'Himalaya je pus me débarrasser de mon
double maléfique serait un peu trop long à vous
expliquer. Ce sera pour une autre fois, je pense. Evidemment, je ne
dis pas qu'il ne reste aucune trace en moi de cet être venu
d'au-delà du miroir. Disons qu'il fait maintenant partie des
multiples personnalités que j'essaye à grand peine de
contenir en moi (schizophrénie quand tu nous tiens!) J'ai bien
conscience que je dois des excuses à ceux et celles que mon
double a tenté d'abuser. Il ne le refera plus, je le promets,
ou alors avec mon consentement...
Sachez que les
réponses positives de ceux qui ont cru de bonne foi que
c'était moi qui leur avait adressé un message m'ont
touché. Je vous proposerais bien à tous, profitant des
derniers moments de chaleur estivale, d'organiser un barbecue dans
mon appartement, mais je ne crois pas que mon propriétaire
soit d'accord. En plus en ce moment, je suis complètement
overbooké (traduisez : j'ai une quantité astronomique
de livres à lire pour préparer la rentrée). On
pourra donc se voir ici et sur vos blogs respectifs, ce qui n'est
déjà pas si mal. Promis, si j'ai un créneau qui
se libère, je vous fais signe...
Bonne rentrée à tous.
Je ne sais pas si
tu sais, mais outre le fait que depuis que j'ai pastiché le
blog de Raph je n'arrête pas de te tutoyer alors que si ça
se trouve on se connaît même pas, le dernier best-seller
à la mode n'a été écrit ni par Dan Brown,
ni par J. K. Rowling, ni par Paulo Coehlo, ni même par Marc Lévy.
Non. En fait, on ne sait pas bien par qui il a été
écrit vu qu'il s'agit de l'Insurrection qui vient d'un
certain comité invisible que personne n'a jamais vu, en tout
cas pas au journal de 20 heures. Eh bien ce livre est en train de
devenir un véritable phénomène : la preuve, on
en parle jusqu'aux Etats Unis et même que ça leur fait
peur (là), pas autant que le Da Vinci Code, mais presque. Spielberg
serait même en train de tourner l'adaptation pour Hollywood
avec Marion Cotillard dans le rôle titre, c'est te dire. Sauf
que là il n'a pas encore racheté les droits et que je
n'ai pas trop celui de t'en parler, alors tu es sympa tu fais comme
si tu n'avais rien lu ou alors si tu tiens absolument à le
répéter à ta chèvre naine tu dis que
c'est Jean-Marie Bigard qui te l'a dit.
Pour te dire à
quel point ce livre est un carton, Michèle Alliot Marie, tu
sais la Ministre de l'Intérieur qui est maintenant passée
à la Justice, eh bien elle est tellement fan de ce livre
qu'elle n'a pas hésité à faire mettre en prison
un certain Julien Coupat pour qu'il lui donne le nom de l'auteur
tellement qu'elle voulait un autographe. Bon, Julien Coupat, c'est un
épicier, alors évidemment il n'a rien dit. Tu imagines,
ma boulangère, si le ministre de l'intérieur venait lui
demander quelle est ma véritable identité ? Eh bien
elle ne répondrait pas ou alors : « ça fera
90 centimes. Vous n'auriez pas de la monnaie par hasard ? »
Tout ça pour dire que les commerçants, c'est des gens
honnêtes, enfin en général. La preuve, si tu ne
me crois pas, c'est que pendant la seconde mondiale il y a eu
beaucoup plus de commerçants pour vendre des Juifs aux Nazis
que l'inverse. Et pourtant tous les historiens s'accordent pour dire
que le cours du Juif était largement sous-évalué,
contrairement au cours du Nazi qui était, lui, nettement
surévalué. Donc si les commerçants n'avaient pas
été honnêtes, ils auraient gardé leurs
Juifs en attendant que le cours remonte et ils auraient vendu tous
leurs Nazis pour faire une plus-value. Et s'ils ne l'ont pas fait, ça
te prouve bien qu'ils sont honnêtes.
Pour en revenir à
notre Insurrection, on ne sait toujours pas qui l'a écrit
parce que l'auteur ne veut pas se dénoncer. Et on sait comment
ça finit dans ces cas-là. Si le coupable ne dit pas que
c'est lui, on sera tous privés de dessert. Et je ne sais pas
pour vous, mais moi ça m'embête surtout qu'il y avait de
la crème glacée et que j'aime bien ça. En même
temps il faut le comprendre l'auteur, si on savait qui c'était,
son éditeur l'obligerait à aller faire la promo de son
livre chez Ruquier et du coup il serait obligé d'écouter
parler Eric Naulleau et Eric Zemmour. J'en connais qui se sont
inscrits comme candidats sur la liste du Mouvement écologiste
indépendant pour moins que ça, c'est te dire si ça
fait peur.
Alors comme c'est
sûr, il ne dévoilera pas son identité, j'ai
décidé de le faire à sa place. Que veux-tu, je
suis comme ça, c'est mon âme de dévoué
sycophante qui parle, je n'y peux rien. Pour savoir qui était
l'auteur de cet ouvrage, j'ai donc fait des recherches approfondies.
Je n'ai pas été jusqu'à lire l'ouvrage susnommé
en entier faut quand même pas déconner. Parce que je ne
sais pas si tu sais, mais cet ouvrage est maudit. Si tu le lis en
entier, tu es obligé de le recopier à la main en cent
cinquante exemplaires et de l'envoyer à toute ta famille et à
tous tes amis, sinon il t'arrivera plein de malheurs. Si tu me crois
pas, tu n'as qu'à voir ce qui est arrivé à
Julien Coupat.
Mais je l'ai quand
même feuilleté au hasard pour voir un peu de quoi ça
parlait. Et là sur quoi je tombe ?
La
métropole est cette mort simultanée de la ville et de
la campagne, au carrefour où convergent toutes les classes
moyennes, dans ce milieu de la classe du milieu, qui, d'exode rural
en périurbanisation, s'étire indéfiniment.
Putain, c'est pas
vrai! C'est exactement ce que je disais à Bébert
l'autre jour alors qu'on était en train de regarder
Intervilles au bistro du coin! En feuilletant encore, je tombe
là-dessus :
Une
entité à l'agonie se sacrifie en tant que contenu pour
se survivre en tant que forme.
Ça alors!
C'est exactement, mot pour mot, ce que disait mon pote Malik, fan du
PSG, sur la nécessaire restructuration du club, suite à
une énième défaite que nous avions suivie sur le
téléviseur pourri d'un bar miteux! Je cherche encore et
je trouve ça :
L'Occident,
aujourd'hui, c'est un GI qui fonce sur Falloudja à bord d'un
char Abraham M1 en écoutant du hard-rock à plein tubes.
Je m'en souviens
bien, c'est la phrase prononcée par mon copain Seb un soir où
on était complètement bourrés dans un rade de je
ne sais plus quelle ville. Je l'avais même notée sur un
carnet pour m'en souvenir tellement ça nous avait fait marrer!
Ne
plus attendre, c'est d'une manière ou d'une autre entrer dans
la logique insurrectionnelle.
Oui, oui je
reconnais! Ça c'était Fred, le soir où il avait
donné un rendez-vous à Vanessa et où on se
demandait si elle lui avait ou non posé un lapin!
Ce
qu'il y a, c'est une civilisation en état de mort clinique,
sur laquelle on déploie tout un appareillage de survie
artificiel, et qui répand dans l'atmosphère planétaire
une pestilence caractéristique.
Ah oui! Ça
c'est Raymonde, la patronne du bar, suite au problème des
poubelles du restaurant chinois d'à côté.
J'avais même trouvé, à l'époque, que
c'était limite raciste comme remarque, mais bon j'avais trop
rien dit, parce que Raymonde est susceptible et qu'elle aurait été
capable de mal le prendre.
Pour savoir d'où
l'auteur du livre tire toutes ces phrases, je regarde la préface,
et là je comprends tout : Ce livre est signé d'un
nom de collectif imaginaire. Ses rédacteurs n'en sont pas ses
auteurs. Ils se sont contentés de mettre un peu d'ordre dans
les lieux communs de l'époque, dans ce qui se murmure aux
tables des bars, derrière la porte close des chambres à
coucher.
Allez, c'est bon, Jean Marie Gourio, tu peux enlever ton masque, on t'a reconnu!!!
Si toi aussi tu veux télécharger gratuitement le livre l'Insurrection qui vient parce que tu es un rebelle et que tu n'as même pas peur d'Hadopi, clique ici.
(Oui, j'ai changé le titre, alors si tu as déjà lu la note précédente, ce n'est pas la peine de lire celle-ci parce que c'est la même, mais si tu reviens plus tard je te ferai une nouvelle note rien que pour toi, promis.)
Je t'avais dit hier
que je ferais l'analyse littéraire de la chanson phare du
dernier album de Placebo, battle for the sun. Bien sûr, Raph a
déjà expliqué le pourquoi de cette chanson. Mais
comme je le disais hier, cette analyse c'est pas très sérieux
(on passera notamment sous silence le fait qu'il ne tienne pas compte
des dernières avancées du déconstructivisme
naulleauien) . Evidemment, on ne peut pas lui en vouloir, faire de
l'analyse littéraire, c'est un métier et ceci nous
apprend qu'il vaut mieux laisser ça aux professionnels, moi
par exemple.
Alors en quoi Raph
se trompe-t-il ? Me demandera-t-on (laveur). En gros, cette chanson
relate selon lui la dispute entre deux amis dont l'un veut partir en
vacances à Douarnenez et l'autre n'importe où, mais un
endroit où il y a du soleil, ce qui exclut par principe
Douarnenez. Bon, disons pour ne pas lui jeter la pierre que Raph
s'est un peu trop fié au titre d'une autre chanson de l'album
« speak in tongues ». En effet pourquoi parler
en tongs si ce n'est qu'on se trouve en vacances sur la plage ?
Bon alors reprenons
tout ça dans l'ordre. D'abord un peu de contextualisation.
Placebo, c'est un groupe de rock qui s'appelle comme ça parce
que son leader, Brian Molko, a passé son enfance au
Luxembourg. Et je ne sais pas si tu sais, mais le Luxembourg, c'est
plutôt plat, enfin moi je n'en sais trop rien, parce que je
vais rarement au Luxembourg passer mes vacances, je préfère
la Suisse, mais bon ça doit être plat. Et en plus d'être
plat, le Luxembourg c'est tout petit. Et Brian Molko qui a fait
anglais première langue, il sait que « small is
beautiful ». Donc le Luxembourg, c'est peut-être
plat, mais c'est beau. Plat c'est beau, d'où le nom du groupe.
Bref, malgré
ce nom guilleret, Placebo n'est pas particulièrement connu
pour être un groupe respirant la joie de vivre, ce qui fait
qu'ils sont rarement invités dans les émissions de
Patrick Sébastien. Du coup, comme ils en avaient marre de
cette image de dépressifs ténébreux qui leur
collait à la peau et que surtout ils voulaient concurrencer la
compagnie créole dans les soirées karaoké, ils
ont décidé de sortir un album plein d'optimisme béat
et d'exultation jubilatoire plus boute-en-train que ça tu
meurs (au cerveau). Pour bien signaler la métamorphose, ils
ont même décidé de tourner un clip en technicolor
pour la chanson éponyme de l'album avec tant de couleurs
criardes que ça en serait presque vulgaire (tu peux le voir à la fin de ce paragraphe, mais sit ut le regardes mets des lunettes de soleil sinon tu vas attraper une insolation). Et même que
sur la pochette de leur album, ils ont mis un soleil noir histoire de
dire youplaboum y a de la joie! Et tu me connais, depuis que j'ai
analysé ce fameux poème de Gérard de Nerval , qui était lui aussi un sacré joyeux drille, je suis
un peu le spécialiste mondial du soleil noir sur internet (en tout cas ma grand-mère maternelle serait prête à le croire si elle était toujours de ce monde, alors ne lui ôte ses illusions s'il te plaît).
Bon, trève de bavardages, commençons donc l'analyse. Tu m'excuseras pour la traduction, mais tu devras te contenter du texte original étant donné que je ne comprends pas l'anglais.
I, I, I will battle for the sun, sun, sun
Tout d'abord
rappelons qu'il s'agit d'une chanson et que par conséquent
l'approche du texte dans sa dimension auditive est primordiale. Or,
la première chose que l'on entend, c'est « aïe,
aïe, aïe ». Là on pourrait croire que la
prétendue guérison de Brian Molko n'a pas marché
et qu'il continue à crier sa douleur à la face du monde
indifférent. Comme quoi l'effet placebo ça marche
vraiment pas. Ou alors c'est un technicien du son qui est entré
dans le studio d'enregistrement et qui lui a marché sur le
pied en voulant raccorder un cable qu'on avait oublié de
brancher. Et puis on se rend compte qu'en fait c'est le sujet de la
phrase qui suit et du coup on est rassuré. On apprend donc
qu'il va se battre pour le soleil. Sauf que ça ne veut pas
dire grand chose et qu'en réfléchissant on se demande
s'il n'a pas utilisé une brachylogie. Surtout que battle for
the sun, ça fait très nom de jeu vidéo. Par
conséquent, Brian Molko nous informe qu'il va jouer à
un jeu appelé battle for the sun. Bon tu me diras que tu ne
connais pas ce jeu-là ; moi non plus, mais étant donné
que le dernier jeu sur pc auquel j'ai joué c'était
heroes of might and magic I, c'est pas trop étonnant, en fait.
And I, I, I won't stop until I'm done, done, done
ça se
confirme, non seulement il va jouer à un jeu vidéo
appelé battle for the sun, mais en plus il va y jouer jusqu'à
ce qu'il arrive au quinzième niveau, même s'il doit y
passer plus de 24 heures, jusqu'à épuisement total. Et
l'auditeur peut se rendre compte que Brian Molko n'est plus ce rocker
suicidaire sous antidépresseurs que l'on connaissait et qu'il
s'est transformé en geek incapable de rester plus de cinq
minutes sans allumer son pc et capable de passer des nuits entières
à jouer en réseau. Remarquons que cela ne lui va pas
mal. Ça lui donne un côté vaguement psychotique
et permet d'expliquer pourquoi il répète
systématiquement trois fois le premier et le dernier mot de
toutes les phrases qu'il prononce.
You, you, you are getting in the way, way, way
Là il
s'adresse à quelqu'un qui visiblement l'empêche de
partir du studio d'enregistrement pour aller jouer à « battle
for the sun » (peut-être le technicien de tout à
l'heure qui lui avait déjà marché sur le pied
?). Et ça le contrarie tellement qu'il en bégaie.
And I, I, I have nothing left to say, say, say
Il s'imagine que
s'il dit qu'il n'a plus rien à dire, on va le laisser partir
et qu'il pourra enfin jouer à battle for the sun comme il en
avait l'intention. En plus, il lance des messages subliminaux en
français aux autres membres du groupe pour pas que le
producteur comprenne parce que « say » répété
deux fois, ça fait « cessez » en
français (avec un accent charmant). Pour leur dire d'arrêter
de jouer (de la guitare et de la batterie) qu'il puisse enfin aller
jouer (à battle for the sun).
I, I, I, I will brush off all the dirt, dirt, dirt, dirt
Malheureusement, le
producteur lui fait savoir que ce n'est pas terminé, qu'il lui
reste encore au moins trois minutes à tenir s'il veut
respecter le format standard d'une chanson diffusable sur la bande
FM. Du coup Brian Molko promet qu'il nettoiera le studio si on le
laisse partir maintenant. Il faut dire qu'à force de jouer à
des jeux vidéo toute la journée, il n'a pas eu
tellement le temps de faire la vaisselle et le ménage et qu'il
y a des bouts de pizza froide qui traînent un peu partout.
And I, I, I, I will pretend it didn't hurt, hurt, hurt
Et en plus, si le
producteur le laisse aller jouer maintenant à battle for the
sun, il ne lui fera même pas de procès pour accident du
travail si jamais il se blesse avec une canette de bière, il
prétendra qu'il n'a même pas eu mal.
You, you, you, you are a black and heavy weight, weight, weight, wieght, weight
Là, il
s'adresse à quelqu'un d'autre (on notera le jeu subtil des
destinataires qui donne à cette chanson une valeur littéraire
indéniable). On apprendra plus tard qu'il s'agit de son frère
avec qui il a pris l'habitude de jouer en réseau, à
battle for the sun, bien sûr, mais aussi à d'autres
jeux. Il constate que son frère a encore pris un personnage de
troll des montagnes qui comme chacun sait sont de couleur noire et
particulièrement lents à se déplacer en raison
de leur surcharge pondérale (en tout cas dans battle for the
sun).
And I, I ,I, I will not participate, pate, pate, pate...
Brian prévient
son frère : s'il s'obstine à prendre ce personnage de
troll des montagnes, il ne jouera pas avec lui. D'autant plus qu'il a
prévu d'incarner un elfe gris et que les elfes gris ne
s'entendent absolument pas avec les trolls des montagnes (en tout cas
dans battle for the sun).
Dream brother
Il lui dit qu'il
peut toujours rêver s'il s'imagine qu'il va jouer avec lui s'il
s'obstine à vouloir incarner un troll des montagnes.
My killer
My lover
On pourrait croire
qu'il s'agit d'une allusion au mythe de Caïn et Abel, le frère
tuant son frère, relu à travers l'analyse du désir
mimétique telle qu'elle a été théorisée
par René Girard. En fait pas du tout : Brian rappelle
simplement que son frère a déjà tué son
personnage dans une partie précédente et qu'il a
toujours du mal à le digérer. Visiblement, ils ont
aussi joué à des jeux érotiques en réseau...
Dream brother
My killer
My lover
I, I, I will battle for the sun, sun, sun
Là, il se
répète un peu, encore un effet de la psychose qui s'est
déclenchée depuis qu'il joue trop à battle for
the sun...
'Cause I, I, I have stared down the barrel of a gun, gun, gun, gun
Il dit qu'il préfère
jouer à battle for the sun parce que la dernière fois
qu'ils ont joué à Doom ça s'est visiblement mal
terminé, il a vu d'un peu trop près le canon de l'arme
de son adversaire (encore son frère ?), tu sais quand l'écran devient tout rouge et que ton personnage ne peut plus bouger, ou un truc dans le
genre...
No fun, you, you, you you are a cheap and nasty ake, fake, fake, fake
Son frère
triche et ce n'est pas drôle : il a acheté un personnage
déjà constitué à un autre joueur et il se
fait passer pour ce qu'il n'est pas (c'est ce qu'on appelle un
« fake » en langage geek, enfin je crois). Mais
comme il ne l'a pas acheté très cher, le personnage
n'est pas très propre (un peu comme le studio que Brian a
promis de nettoyer si le producteur le laissait partir avant d'avoir
fini sa chanson).
And I, I, I, I, I am the bones you couldn't break
Il reste le cadavre
du personnage de Brian qui date d'une partie précédente.
Mais comme le temps a passé (là normalement je devrais
te faire une analyse des relations entre la temporalité
intra-déiégétique et extra-diégétique,
mais ce serait un peu long alors on va en rester là), il ne
reste plus que les os. Le personnage de son frère voudrait
bien s'en emparer pour jouer des maracas avec, mais c'est impossible,
cette action n'a pas été prévue par les
programmateurs du jeu.
Dream brother
My killer
My lover
Dream brother
My killer
My lover
I, I, I will battle for the sun
S'il s'imagine qu'il peut s'en emparer, il peut toujours rêver, d'autant plus que c'est lui qui l'a tué, c'est qu'un sale enculé, tout ça... (si les deux derniers mots ne riment pas avec le reste, c'est qu'il s'agit d'un ajout personnel qui ne figure pas dans le texte original)
Je ne sais pas si
tu as remarqué, mais ça fait quand même plus de
cent ans que je suis blogueur. On pourrait considérer qu'une
telle longévité dans le métier m'assurerait un
semblant de reconnaissance de la part de la profession. Eh bien pas
du tout! Qu'est-ce que tu crois ? Toutes ces années de
souffrance et de galère pour, à la fin, même pas
réussir à me faire inviter aux réunions TICE
du collège où j'enseigne. C'est un peu désespérant,
il faut bien l'avouer, et certains jours, je suis sur le point de
succomber à la tentation, en publiant des photos de Carla
Bruni-Sarkozy nue , par exemple. Heureusement le sens moral élevé qui est
le mien m'a jusqu'à présent empêché de me
livrer à de telles turpitudes. Bon d'accord j'ai diffusé
une vidéo de Nadine Morano faisant un strip-tease bourrée, mais ce n'est pas de ma faute, c'est parce que je l'étais
moi-même. Depuis, je suis toujours bourré, mais de
remords.
Bref tout ça
pour dire que des fois, j'ai envie, comme tout blogueur incompris, de
céder à la facilité. D'utiliser les grosses
ficelles employées par les blogueurs influents. Mettons Raph, par exemple. Si, si, c'est un blogueur influent, la preuve, il
reçoit des kits hérisson (et ça, y a pas à dire, c'est quand même
nettement plus la classe que de recevoir des kits mains libres
Ericsson, même si le kit hérisson on aimerait aussi
qu'il soit mains libres et je refuse de prendre des gants pour dire
cela). Que fait Raph lorsqu'il n'a pas trop grand chose à dire
mais qu'il faut qu'il sorte une note quand même parce que ses
lecteurs vont s'impatienter et qu'un lecteur qui s'impatiente il est
capable de tout, même d'aller voir des sketchs d'Eric et Ramzy
sur Youtube ? Eh bien, il a une recette infaillible : il prend un
film qui vient de sortir ou une chanson qu'on n'arrête pas
d'entendre à la radio et il raconte n'importe quoi dessus.
C'est facile et j'ai moi-même cédé à cette
facilité à l'époque, où jeune blogueur
fougueux je n'avais aucun sens des convenances, en parlant de
Spiderman 3 par exemple (mais il ne faut pas croire, des fois je fais des notes
sur Marcel Proust ou même sur Jenifer, c'est te dire mon degré
d'exigence intellectuelle). C'est facile, mais le blogueur a sa note
presque toute faite, les lecteurs ont quelque chose à lire et
tout le monde est content.
Alors bon, tu me
connais, je suis toujours prêt à céder à
la facilité surtout si ce n'est pas trop compliqué et
je me dis comme ça, pourquoi je ferais pas la même chose
? Je n'ai qu'à raconter n'importe quoi sur la première
chanson que j'entends à la radio et hop, ni vu, ni connu, je
te fais une note supplémentaire, j'accrois ma visibilité
sur google, avec un peu de chance, j'attire même des gens qui
ne connaissent pas mon blog et qui auraient tapé « choucroute
armoricaine » sur un moteur de recherche et après
tout s'enchaîne, je suis cité par Télérama
comme incarnant le renouveau de la blogosphère française,
j'apparais en dernière page de Libération, je fais le
Zénith en première partie de Ségolène
Royal et enfin je suis nominé aux Emmy Awards. Avec un peu de
chance, j'arriverais même presque à me faire inviter à
une convention de blogueurs belges de Knokke le Zout, mais bon faut
pas trop rêver quand même...
Alors j'allume la
radio et là je tombe sur la dernière chanson de
Placebo, battle for the sun. Pas de chance, Raph m'a déjà
précédé et a précisément écrit
une note sur cette chanson. C'est ça d'arriver trop tard dans un monde trop vieux, tu te
fais piquer tes sujets de notes et en plus il n'y a même plus
de bières dans le frigo. Mais bon en même temps, en
relisant la note de Raph, je me rends compte que c'est un peu
n'importe quoi. Je dirais même que ça ne tient pas
debout (là normalement, pour faire un jeu de mot facile, je
devrais citer Jean-Jacques, d'autant plus que Raph est suisse et que
Jean Jacques, c'est quand même le prénom du plus grand
philosophe suisse - si l'on excepte Johnny Hallyday - tu sais bien
le frère de Demis Rousseau).
Alors cette note, c'est décidé,
je vais la réécrire, parce que bon quand tu n'as plus
rien à écrire parce que tous les grands écrivains
t'ont piqué tes sujets de roman, tu peux toujours faire de la
réécriture, de la littérature au second degré,
tout ça. Avec un peu de chance, tu seras peut-être même
cité par le sosie de Gérard Genette dans un pastiche de
Palimpsestes. Alors, tu vois, ça vaut la peine
d'essayer. Du coup je vais refaire l'analyse littéraire –
parce qu'ici je ne sais pas si tu avais remarqué, c'est un
blog littéraire étant donné que j'utilise des
lettres pour écrire et même que pour gagner ma vie je
fais prof de français en collège, mais chut faut pas le
dire ma mère le sait pas elle croit que je suis un blogueur
mondialement connu – de cette chanson de Placebo. Mais pas
aujourd'hui parce qu'il fait trop chaud et que franchement c'est pas
humain de se battre pour le soleil avec une telle température.
En attendant je pourrais te mettre une photo de wapiti pour te faire
patienter, mais en fait non, ce serait vulgairement racoleur et ça
je m'y refuse. Du coup, je te mets une photo d'ornithorynque, c'est
quand même plus conforme au haut degré d'exigence qui a
toujours été celui de ce blog.
Le cinquième et dernier épisode de cette incroyable histoire...
Pendant quelques temps et malgré les questions que je ne cessais de lui poser dès qu'il m'était donné d'apparaître dans un miroir, mon reflet ne m'adressa plus la parole. Visiblement, il manigançait quelque chose, fréquentant des gens et des lieux que je n'avais jamais vus. Ce n'est que lorsqu'il me présenta, triomphant, un article du Figaro où ma photo figurait en première page que je compris de quoi il s'agissait. Mon reflet s'était lancé en politique!
- Alors, tu es fier de toi ? La presse fait de toi l'étoile montante de la politique hexagonale! On te compare à Sarkozy et Berlusconi réunis. Pas de doute à avoir : tu es promis à un grand avenir! Pourquoi pas président de la République en 2022 ? C'est tout de même un statut plus enviable que celui d'écrivains pour adolescents et midinettes, tu ne trouves pas ?
- Tu me dégoûtes! Utiliser ma personne pour faire carrière à l'UMP!
- Oh, j'aurais pu choisir le PS, si j'avais eu une chance de percer dans ce parti, mais ce parti est moribond, divisé... il n'a plus aucun avenir. Alors qu'à l'UMP, les gens sont disciplinés, habitués qu'ils sont à subir l'autorité d'un chef incontesté et lorsque Sarkozy sera grillé parce qu'il n'aura pas pu venir à bout de la crise, ils seront bien forcés de choisir un autre leader. C'est à ce moment-là que j'interviendrai. Pour l'instant, je me situe dans l'allégeance au Président, mais c'est pour mieux le trahir lorsque le moment sera venu...
- C'est un cauchemar, dites-moi que c'est un cauchemar...
- C'est ta faute, aussi, tu n'as pas voulu accepter le marché que je te proposais... Si tu veux revenir sur ta décision, ça tient toujours...
- Si j'accepte, tu me promets d'abandonner ta carrière politique ?
- C'est entendu.
J'acceptai donc le marché qu'il me proposait, la mort dans l'âme.
- Ah! Tu vois, tu as fini par admettre que ma proposition était ce qu'il y avait de plus avantageux pour nous deux. Nous allons commencer tout de suite par une petite mise en bouche, ou en mots. J'aimerais que tu m'écrives un texte pour ton blog.
- Pour mon blog ? Mais ça ne te rapportera rien!
- Financièrement, non, mais ça me permettrait de constater que ta capacité à séduire les lecteurs avec tes mots n'est pas émoussée. Et puis j'aimerais faire quelques expériences amusantes sur ton lectorat féminin, ou pourquoi pas masculin...
- Comment ? Il est hors de question que tu touches à une seule de mes lectrices ou à un seul de mes lecteurs!
- Comme tu voudras, de toute façon je pourrai me passer de ton aide. Tu m'excuseras, mais j'ai une brillante carrière d'homme politique qui m'attend...
Et il me fit à nouveau disparaître. Lorsque je pus à
nouveau réfléchir par l'intermédiaire d'un
miroir, je songeai que sa proposition, quoique scandaleuse,
présentait au moins un avantage. Une idée venait de
germer en mon cerveau. Connaissant la détermination de mon
reflet, je savais qu'il parviendrait à ses fins, avec ou sans
mon aide. Pour le contrer, il ne me restait plus qu'à révéler
la vérité par le biais de cette histoire qu'il me
demandait de raconter.C'est ce que je fais à présent.
Si vous êtes une de mes lectrices ou peut-être même un de mes lecteurs et qu'un individu prétendant être moi-même vous fait des avances, vous devez savoir qu'il ne s'agit pas de moi mais d'un être vil et méprisable qui a usurpé mon identité. Méfiez-vous en particulier si vous recevez ce message qu'il m'a demandé de composer à votre intention :
Salut, jeune homme/fille. Je n'avais pas encore eu l'occasion de te remercier pour le/s commentaire/s que tu as laissé/s sur mon blog. J'aurais dû le faire avant. D'autant plus que ta manière de voir est tout à fait pertinente. On sent que tu as une véritable sensibilité et je dois confesser que je suis flatté que tu t'intéresses à mes modestes productions. Flâner sur ton blog comme j'ai pu le faire ces derniers temps, par désoeuvrement d'abord puis par réel intérêt, m'a donné l'irrésistible envie de rencontrer son auteur. Evidemment, la proposition te paraîtra peut-être un peu audacieuse, mais le désir de faire la connaissance d'une personne aussi exceptionnelle me pousse à te demander si nous ne pouvons pas franchir le miroir qui nous sépare l'un de l'autre, cet écran d'ordinateur, frontière virtuelle entre nos deux réalités. Sur nos blogs respectifs, nous ne montrons de nous que ce que nous voulons que les autres sachent, mais il y a des choses que l'on ne peut pas transmettre par les mots. Une inflexion de la voix, une insistance du regard, autant de détails que l'on ne peut traduire à l'écrit et qui constituent pourtant parfois l'essentiel d'une conversation. Alors ? Qu'attends-tu pour franchir le miroir ?
Ahahah! C'est carrément vrai! D'ailleurs, je dois bien avouer que lorsque j'entends des discours de ce type, "sérieux", je ne... read more
on Une Goncourt, ça ferme sa gueule...